Réouverture du détroit d’Ormuz : vers un conflit gelé sur fond de paralysie politique

Intervention sur France Info TV le 29 mai 2026.

Reranscription complète :

Bonjour Rémi Bourgeot, il y a derrière le nerf de la guerre, l’argent, l’économie dans ces décisions de Donald Trump. Il y a quelques minutes seulement, on disait que le président américain voulait prendre son temps pour éventuellement donner sa décision sur cet accord avec l’Iran. Et là, on voit que les choses se précipitent. Est-ce que vous y voyez une dimension économique ?

Economique certainement, parce que c’est la première cause de pression sur Donald Trump, du fait des effets sur l’économie mondiale et sur l’économie américaine. Donc il est soumis à cette urgence.

Mais aujourd’hui, il est aussi confronté à des divisions internes. Personnellement, il a compris la catastrophe que constituait cette guerre israélo-américaine sur l’Iran assez vite, puisqu’on lui avait promis que ça n’allait durer que quelques jours.

Mais au niveau américain, il est confronté à ces tensions avec une partie du parti républicain, des néoconservateurs en particulier, qui s’opposent à toute forme d’accord qui soit réaliste d’un point de vue diplomatique. Et par ailleurs, des pressions évidemment d’Israël, qui n’a aucun intérêt, en tout cas du point de vue de Benyamin Netanyahou, à conclure un accord avec l’Iran, et encore moins un accord qui ait des répercussions régionales, notamment sur la guerre qu’il mène au Liban. Donc, la situation reste très incertaine.

Le nerf de la guerre pour les Américains reste le nucléaire. On voit cependant le poids de la position iranienne et les énormes difficultés militaires, en plus des difficultés économiques auxquels sont confrontés les États-Unis, qui doivent se soumettre à l’exigence principale de l’Iran, qui est de renvoyer à plus tard un accord nucléaire. Il faut le rappeler : la dernière fois, avec Obama, ça avait mis plusieurs années à être négocié.

Donc aujourd’hui, on parle du fait que l’Iran s’engage à ne pas développer d’armes nucléaires, mais c’est déjà le cas. Les négociations portent sur le nucléaire civil et les niveaux d’enrichissement pour éviter que l’Iran soit en position, à un moment, de pouvoir développer le nucléaire militaire.

Mais on voit une situation de très grande difficulté pour les États-Unis. Trump a probablement très clairement compris l’impasse dans laquelle il se trouvait, mais il est confronté à d’énormes oppositions, d’énormes pressions, avec tous ces allers-retours, cette incertitude incroyable.

Et le mécanisme de négociation est quand même très surprenant, où il doit donner son accord à quelque chose qui est censé être négocié par lui-même, en fait, parce que les négociateurs ont un mandat très limité.

Donc les parties tentent effectivement de s’entendre pour ouvrir le détroit d’Ormuz, qui était effectivement parfaitement ouvert avant cette guerre. Mais par-delà cette perspective d’accord partiel, la situation reste extrêmement tendue avec les États-Unis, qui ont le plus grand mal à reconnaître cette défaite stratégique.

Rémi Bourgeot, vous êtes toujours en ligne avec nous. On parle de guerre, d’éventuelles solutions du conflit ou pas ? Et on parle nucléaire et pétrole essentiellement.

Oui, je pense qu’il est tout à fait juste de dire que même en cas d’accord, ce serait un accord très partiel. Et en fait, la situation ressemblerait beaucoup plus, en réalité, à un conflit gelé qu’à un accord de paix. Il s’agit de rouvrir le détroit d’Ormuz et de laisser, en fait, le nucléaire de côté pour un éventuel accord bien plus tard, car cela prend très longtemps à négocier.

Ce qui se passe visiblement à l’instant, c’est que Donald Trump a besoin de mettre le mot « nucléaire » dans l’annonce. Mais en fait, pour une concession qui n’existe pas véritablement, puisque les Iraniens ne développent pas, ne s’apprêtaient pas à développer un programme nucléaire militaire. Ce n’était pas ça l’enjeu.

Et sur l’enrichissement, même à but civil ou expérimental, des concessions étaient déjà sur la table. Il s’agit pour les Iraniens de garder la capacité à enrichir de l’uranium. Donc on voit la situation telle qu’elle se dessine, en fait, depuis trois mois.

C’est une débâcle stratégique pour les États-Unis et aussi pour Israël. Donald Trump est confronté à une très grande difficulté à conclure un accord, alors que ça fait bien deux mois qu’il se démène pour essayer de se dépêtrer de cette situation.

La concession qui semblerait importante de la part des Iraniens est effectivement sur le contrôle du détroit d’Ormuz. Mais même s’ils changent les conditions d’accès ou de circulation, qu’ils ouvrent le détroit en coordination avec les Américains, ils ont fait la preuve que c’est, quelque part, ce qu’on a appelé leur « arme nucléaire » à eux : le pouvoir de contrôler le détroit, avec des moyens qui sont très limités, en comparaison du programme balistique par exemple.

Donc on a cette situation qui pointe plutôt vers une sorte de conflit gelé, avec la perspective d’un accord nucléaire qui arriverait plus tard. Ce qui est positif, c’est qu’on voit cette volonté commune de rouvrir quand même le détroit d’Ormuz et des concessions de part et d’autre, mais un blocage extrêmement important au niveau américain, auquel est confronté Donald Trump pour pouvoir mettre en place une quelconque ouverture de façon réaliste.

Merci Rémi Bourgeot pour votre analyse.

Cette retranscription automatique a été éditée par souci de clarté.