Catégorie : Energie

  • Les marchés énergétiques resteront affectés par la nouvelle donne iranienne

    Les marchés énergétiques resteront affectés par la nouvelle donne iranienne

    Tribune – Les Echos, 11 avril 2026.

    Le contrôle iranien du détroit d’Ormuz bouleverse les marchés de l’énergie. Les prix restent sous pression, et les incertitudes géopolitiques freinent un retour à la normale. Les investisseurs et les Etats doivent s’adapter à ce nouvel équilibre marqué par des coûts structurellement plus élevés et des tensions persistantes, analyse l’économiste Rémi Bourgeot.

    Le contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz, avec l’émergence d’un nouveau régime de transit, est appelé à exercer un impact structurel sur l’approvisionnement mondial et la formation des prix. Ce nouvel état de fait devrait avoir des effets persistants sur les marchés comme sur l’économie réelle. On ne peut s’attendre à ce que les marchés de l’énergie reviennent pleinement à leur situation d’avant-guerre dans un processus de désescalade.

    Tout au long de la guerre, le mélange de déclarations étonnantes de Donald Trump annonçant des négociations et de menaces d’escalade sans stratégie viable ont pointé la nécessité d’une désescalade rapide. Le cessez-le-feu actuel est instable d’un point de vue diplomatique, les parties ne s’entendant pas même sur l’inclusion d’aspects essentiels comme l’arrêt des frappes israéliennes sur le Liban ni sur la version de la liste de propositions iraniennes censées servir de base aux négociations. Bien que la perspective d’un accord de paix véritable semble lointaine, la retraite américaine sur le front iranien est ancrée dans la nécessité de s’extraire d’un bourbier particulièrement dommageable. Il paraît ainsi peu probable que les Etats-Unis cherchent à rouvrir pleinement ce front.

    Pour autant, un désengagement américain sans véritable accord ouvre la voie à une nouvelle situation ambiguë. Le statut du détroit d’Ormuz risque de rester indéfini, sur la base du contrôle qu’exerce de fait l’Iran. Il importe dès lors d’anticiper les dynamiques susceptibles de prévaloir sur les marchés de l’énergie dans ce contexte en recomposition. Le contrôle de l’Iran sur le contrôle du détroit d’Ormuz, avec l’émergence d’un nouveau régime de transit, est appelé à exercer un impact structurel sur l’approvisionnement mondial et la formation des prix. Ce nouvel état de fait devrait avoir des effets persistants sur les marchés comme sur l’économie réelle. On ne peut s’attendre à ce que les marchés de l’énergie reviennent pleinement à leur situation d’avant-guerre dans un processus de désescalade.

    Le reste de l’article est disponible sur le site des Echos (accès abonnés). Retrouvez des éléments similaires dans mon article du 1er avril 2026 qui analysait déjà les conséquences d’une désescalade à venir avec contrôle de fait de l’Iran sur la gestion du Détroit d’Ormuz: Normalisation partielle des marchés de l’énergie après une désescalade dans la guerre d’Iran.

  • La réouverture du détroit d’Ormuz se fera sous contrôle iranien

    La réouverture du détroit d’Ormuz se fera sous contrôle iranien

    J’ai été interrogé sur France 24 par Marion Gaudin, au sujet de la crise énergétique et des conditions dans lesquelles le détroit d’Ormuz pourrait rouvrir, face à l’enlisement militaire.

    Rémi Bourgeot, vous suivez cette crise de très près. N’est-ce que le début ?

    Tout dépend évidemment de l’évolution militaire. Donald Trump a soufflé le chaud et le froid : les marchés s’excitent dans un sens comme dans l’autre.

    Ce qu’on voit, c’est quand même un bourbier militaire. Certains experts géopolitiques pensent que ça n’est que le début. On voit aussi des signes de panique de la part de l’État américain, de Donald Trump en particulier, qui est quelqu’un qui déteste faire la guerre. En fait, il aime les opérations théâtrales, de type Venezuela, comme on l’a vu il y a quelques semaines. Là, c’est un véritable bourbier.

    Donc il envoie des signaux comme quoi il voudrait arrêter, et en même temps taper le plus fort possible. Les Iraniens, de leur côté, dominent largement la situation, mais ils envoient aussi quelques signaux, avec ces échanges, notamment avec Oman, pour établir au moins une sorte de schéma qui pourrait s’appliquer pour une réouverture partielle.

    Mais ce vers quoi on s’achemine, c’est un contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz. Il peut rouvrir en partie, même très largement, mais probablement sous contrôle iranien, à partir du moment où les États-Unis ne sont pas capables de remplir les objectifs qu’ils s’étaient fixés — pour peu qu’il y en ait réellement.

    Ce contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, dans la durée implique un système, un régime économique différent, notamment de péage, dont on a déjà vu certains contours, appliqués en partie. Cela ne veut pas dire que ce sera exactement la configuration finale, mais les coûts vont être élevés et ce système de transit va être mis en place dans le sens des intérêts géopolitiques de l’Iran.

    On a vu, en sous-main, des signaux d’échanges entre l’Iran, certains émirats — surtout le Qatar — pour éviter des frappes. Mais la situation est extrêmement tendue, notamment avec les Émirats arabes unis, qui ont appelé les États-Unis à finir le travail, à aller dans l’escalade, en sous-entendant l’envoi de troupes au sol. On pourrait imaginer que l’Iran pénalise les Émirats arabes unis, moins d’autres Etats du Golfe.

    Et aussi, dans tous les cas, cette réouverture ne peut pas se faire par la force, seulement par des négociations ?

    Il n’y a aucune forme de négociation véritable. Il peut y avoir eu des échanges d’e-mails, ou des échanges très indirects, mais on peut avoir de très gros doutes sur la réalité des déclarations de Donald Trump en ce qui concerne des négociations.

    On ne peut pas pour autant écarter la notion de désescalade. Ce n’est pas ce qu’on voit ces jours-ci. Mais Trump est extrêmement mal à l’aise avec la situation et comprend qu’il doit se retirer. Sa situation politique est en effondrement. Il existe de gros doutes sur son état personnel, sur le système politique qui l’entoure. Il limoge des généraux autour de lui pour entendre les nouvelles qu’il veut, pour éviter les mauvaises nouvelles.

    On voit une véritable crise de régime qui se développe aux États-Unis, avec des racines beaucoup plus profondes. Il y a aussi tout un pan industriel dans l’incapacité à alimenter ce qui serait une guerre longue.

    Sur la question des troupes au sol, c’est peut-être le signal le plus révélateur : on n’a pas eu cette annonce. On n’a pas eu d’annonce d’arrêt de la guerre ni de retrait. Mais ce serait là l’entrée dans une guerre longue et pleine d’incertitudes encore plus graves que d’envoyer des troupes au sol, ce qui serait presque suicidaire de la part de Donald Trump.

    Aujourd’hui, on a une situation entre deux, avec une volonté de sortir de cette situation, mais Trump veut pouvoir annoncer une forme de victoire et éviter l’humiliation. Elle est là dans tous les cas.

    Pour en revenir aux conséquences très concrètes de ce blocage, pour l’instant politique et militaire, on a beaucoup parlé ces dernières semaines des initiatives prises par les pays pour rationner le carburant, baisser les taxes, offrir des primes. La France, elle, pour l’instant, se refuse à tout ça. Est-ce que c’est pertinent ?

    Quand il s’agit d’agir sur les prix, les taxes sont souvent des mesures de court terme. Cela peut avoir des effets positifs. Mais la véritable situation à laquelle on est confronté, c’est une forme de pénurie qui arrive aujourd’hui. Il s’agit d’aspects très concrets et matériels : les bateaux qui étaient censés arriver n’arrivent pas. Une pénurie se met en place, déjà très sévère en Asie.

    L’Europe, il faut le rappeler, est beaucoup moins dépendante du Golfe pour son approvisionnement énergétique que de nombreux pays asiatiques. Les différentes sources d’approvisionnement — Norvège, Maghreb, États-Unis pour le LNG, et en partie le Golfe — montrent que cette dépendance existe, mais reste limitée. Certains pays ont des stocks plus élevés. C’est le cas de la Chine, qui a aussi une plus grande autonomie, tout en restant largement dépendante du Golfe.

    La réalité est donc matérielle : une pénurie se met en place. Elle est moins marquée pour l’Europe, mais elle se fait sentir aujourd’hui. Cela intervient dans un contexte de crise économique, surtout industrielle, déjà aiguë avant le début de cette guerre. La question des prix énergétiques était déjà cruciale, avec les effets de la guerre en Ukraine : privation d’approvisionnement, tentative de réorientation pour remplacer la Russie, mais en créant d’autres dépendances, vis-à-vis des États-Unis ou de certains pays du Golfe.

    On a donc une forme d’ultra-mondialisation des réseaux énergétiques, aujourd’hui extrêmement vulnérable.

    À cette crise dont vous parlez s’ajoute l’inflation, la hausse des prix de manière générale, de l’alimentation qui est à venir. Les Français devraient s’y préparer ?

    Oui, cela a un fort effet inflationniste. On n’est pas dans la même situation qu’avec la guerre en Ukraine, qui arrivait après la pandémie et des politiques budgétaires très expansives. On n’est pas dans une envolée aussi forte, mais la hausse de l’inflation est marquée.

    Surtout, l’inflation est un indice composite : derrière, il s’agit de la vie quotidienne, de dépenses contraintes qui affectent certaines activités et certaines couches sociales plus que d’autres. C’est cela qui est particulièrement problématique, sur le plan social et en termes d’instabilité politique.

    Pour aller plus loin sur l’impact sur les marchés énergétiques : Normalisation partielle des marchés de l’énergie après une désescalade dans la guerre d’Iran.

    Cette retranscription a été éditée pour des raisons de fluidité.

  • Normalisation partielle des marchés de l’énergie après une désescalade dans la guerre d’Iran

    Normalisation partielle des marchés de l’énergie après une désescalade dans la guerre d’Iran

    Les marchés de l’énergie ont peu de chances de revenir pleinement à leurs standards d’avant-guerre quand un processus de désescalade s’enclenchera. Le conflit a engendré des coûts durables. En particulier, le rôle de l’Iran dans le contrôle du détroit d’Ormuz, avec l’émergence d’un nouveau régime de transit, est devenu structurel du point de vue du risque sur l’approvisionnement mondial et de la formation des prix. Ce nouvel état de fait devrait avoir des effets persistants sur les marchés comme sur l’économie réelle.

    Cet article est publié en partenariat avec l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

    Les déclarations de Donald Trump sur les termes de négociations avec l’Iran ont étonné nombre d’observateurs, concernant la réalité des échanges et des canaux utilisés. Parallèlement, ses menaces d’escalade massive et d’offensives terrestres n’ont guère dessiné une stratégie crédible, compte tenu des coûts politiques et économiques considérables en jeu, d’autant que même les gouvernements européens les plus alignés sur les États-Unis ont commencé à prendre leurs distances. Malgré leur caractère confus, ces prises de position révèlent finalement l’urgence de trouver une issue à l’enlisement. En pratique, une désescalade peut intervenir même en l’absence de négociations complètes. Il importe dès lors de comprendre quelles dynamiques prévaudront sur les marchés de l’énergie une fois cette tendance confirmée.

    Téhéran a exercé un contrôle sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz pendant le conflit, en restreignant fortement ou en menaçant l’accès, mais aussi en imposant des redevances aux navires commerciaux pour le transit. Un contrôle durable du détroit se traduirait par une influence économique directe et des effets sur la formation des prix à l’échelle des marchés mondiaux de l’énergie. Cela pourrait prendre la forme de droits de passage plus ou moins négociés, d’exigences accrues en matière de surveillance, ainsi que d’arrangements reflétant les intérêts géopolitiques de Téhéran et de ses alliés.

    De tels dispositifs, explicites ou implicites, entretiendraient une prime structurelle sur les prix de l’énergie. Les droits de transit pourraient s’apparenter à des formes de réparations, générant des revenus destinés à la reconstruction des infrastructures et au soutien du régime, tout en maintenant structurellement une prime sur les prix mondiaux. Parallèlement, certaines sanctions ont été assouplies de fait, dans la mesure où le pétrole iranien continue de transiter par le détroit d’Ormuz, traduisant la réticence des États-Unis à restreindre davantage l’offre et à accentuer les chocs de prix mondiaux.

    Dynamique des prix et réactions de court terme

    Une cessation des hostilités réduirait les risques immédiats pesant sur les pétroliers autorisés par Téhéran à traverser et apaiserait les assureurs, ce qui atténuerait la prime actuellement intégrée dans les prix de l’énergie. Elle entraînerait rapidement au moins une correction partielle des flambées de prix, lesquelles se sont traduites par une hausse globale d’environ 60 %. Les indices boursiers mondiaux ont progressé et les contrats à terme sur l’énergie ont déjà reculé à la faveur de diverses informations évoquant des perspectives de désescalade.

    Cependant, un processus de désescalade ne garantit pas, à lui seul, un rétablissement immédiat des flux normaux ni de la confiance dans la sécurité des routes de transit. La reconstruction des infrastructures endommagées, la clarification des dispositifs de sécurité maritime et le rétablissement de couvertures d’assurance constituent autant de conditions préalables à un environnement de transport pleinement opérationnel. Ces processus exigent du temps et un certain degré de coordination internationale. Il faut donc s’attendre à ce que les primes de risque et les structures de coûts des marchés de l’énergie demeurent supérieures à leurs niveaux d’avant-guerre.

    La perturbation globale des marchés pétroliers n’a pas de précédent récent, et les mouvements de prix ne saurait être interprété uniquement à travers les réactions spéculatives de court terme. Les courbes de contrats à terme sur le pétrole et le gaz reflètent fréquemment cette complexité. C’est notamment le cas avec la réaction de backwardation — où les prix à échéance proche sont supérieurs à ceux à échéances plus lointaines, indiquant l’anticipation d’un relâchement des contraintes d’offre à moyen terme. Néanmoins, des primes de risque durables et des modifications structurelles de l’offre peuvent maintenir un niveau de prix de référence plus élevé.

    Un impact économique durable

    Dans le même temps, la hausse prolongée des prix de l’énergie se transmet à l’inflation. Les pressions liées à l’énergie dépassent le simple ajustement de court terme des marchés. Une inflation persistante complique les dynamiques macroéconomiques, en renforçant des effets de second tour tels que les revendications salariales et des ajustements de prix plus larges au-delà du seul secteur énergétique. En retour, des anticipations d’inflation plus élevées et des coûts énergétiques accrus se répercutent directement sur les taux d’intérêt payés sur les dettes publiques, affectant leur soutenabilité.

    Pour les pays importateurs d’énergie, les conséquences dépassent les niveaux de prix immédiats. Les perturbations affectent la structure des contrats, les décisions d’investissement dans des sources d’approvisionnement alternatives et la charge financière des ménages. L’Europe, bien que moins directement dépendante du Golfe que l’Asie pour le pétrole et le gaz liquéfié, fait face à ses propres défis en matière d’approvisionnement et de prix. Avec le recul de la capacité de production d’énergie nucléaire, la stratégie européenne tend à rebondir d’une dépendance externe vers une autre au gré des crises.

    La désescalade réduit les risques les plus aigus, mais des facteurs structurels — tels que le contrôle exercé par l’Iran sur le détroit d’Ormuz et le temps nécessaire à rétablir les infrastructures et une certaine confiance — impliquent que le marché pourrait se stabiliser sur un nouveau régime, distinct de celui d’avant-guerre. L’interaction entre sécurité, infrastructures, dynamiques inflationnistes et contraintes budgétaires façonnera les conditions financières et macroéconomiques d’une manière qu’une simple cessation des hostilités ne saurait entièrement résoudre.

    Ce texte a une finalité analytique et ne constitue pas un conseil en investissement.

  • Bourbier iranien : stratégies face aux coûts durables

    Bourbier iranien : stratégies face aux coûts durables

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    Donald Trump cherche une porte de sortie au bourbier que constitue la guerre avec l’Iran. Tout en brandissant la menace d’une escalade majeure qui rendrait des pans entiers de la région inhabitables, il assure que des négociations sont en cours.

    Si de véritables négociations de paix sont désormais hors de portée, en raison d’un écart de positions impossible à combler, une désescalade reste accessible.

    Les pays dépendants des importations d’énergie en provenance du Golfe se préparent toutefois à des conséquences durables, même en cas d’arrêt du conflit. Les capacités de production sont désormais atteintes, et l’Iran est susceptible de maintenir un niveau élevé de contrôle sur le détroit.

    L’Europe est moins exposée que l’Asie à une crise d’approvisionnement, mais la flambée des prix de l’énergie aggrave sensiblement ses fragilités multiples, de l’appareil manufacturier à la gestion de la dette. La marginalisation de l’énergie nucléaire laisse le continent particulièrement vulnérable à cette succession de chocs géopolitiques, les gouvernements passant sans cesse d’une dépendance extérieure à une autre au gré des secousses.

    Je suis intervenu dans l’émission Counting the Cost d’Al Jazeera. Extraits de mes interventions disponible ici.

  • Pourquoi l’or perd-il son attrait malgré la guerre d’Iran

    Pourquoi l’or perd-il son attrait malgré la guerre d’Iran

    J’ai répondu aux questions du journaliste Nils Adler sur la réaction limitée de l’or à la guerre d’Iran. En plus des extraits sur le site d’Al Jazeera, voici mon analyse plus complète.

    Un choc géo-économique, comme le blocage du détroit d’Ormuz, aurait traditionnellement été perçu comme un facteur de hausse de la demande d’or. Cependant, des facteurs structurels ont tempéré son attrait en tant que valeur refuge.

    Fuite vers la liquidité, volatilité et psychologie de marché
    Lors des grandes crises, les marchés financiers subissent souvent une tension généralisée, avec des actifs sous pression alors que les investisseurs recherchent liquidité et sécurité, en particulier en dollars et en bons du Trésor. Même l’or, historiquement une valeur refuge, peut rester stable ou baisser lorsque les marchés privilégient les actifs liquides. Ce schéma s’est confirmé avec l’escalade iranienne : l’or est resté relativement stable plutôt que de s’envoler, malgré des tensions extrêmes. Paradoxalement, c’est le caractère potentiellement systémique de cette crise qui limite la demande d’or, d’autres mécanismes financiers entrant en jeu.

    De plus, la position de la Réserve fédérale reste décisive. La hausse des coûts énergétiques et une inflation persistante renforcent les attentes selon lesquelles les taux d’intérêt pourraient rester élevés, ce qui soutient le dollar et rend les actifs rémunérés plus attractifs que l’or, non rémunérateur. Cette interaction réduit l’attrait immédiat de l’or, la politique monétaire interagissant avec les risques géopolitiques et financiers structurels.

    Par ailleurs, le marché de l’or est de plus en plus façonné par la spéculation et une volatilité accrue, ce qui peut dissuader les investisseurs averses au risque. Les fluctuations rapides et les prises de bénéfices découragent l’accumulation, sapant le rôle de l’or en tant qu’actif refuge. Les niveaux déjà élevés, atteints sur plusieurs années, amplifient cet effet, empêchant une ruée massive vers l’or. La volatilité spéculative peut ainsi neutraliser sa fonction à court terme.

    En dehors des épisodes de risques financiers systémiques, qui peuvent déclencher des fuites vers la liquidité en dollars, le paysage géo-économique restera, pour autant, marqué par une fragmentation massive, soutenant les efforts de diversification, y compris vers l’or sur le plus long terme.

    Impasse prolongée et chocs énergétiques
    Les États-Unis sont confrontés à un fiasco stratégique, Donald Trump n’ayant pas anticipé la réponse de l’Iran envers les États du Golfe et le détroit d’Ormuz. Bien qu’il menace d’une escalade supplémentaire, même ses alliés les plus proches refusent de participer à des missions à haut risque, potentiellement suicidaires, pour escorter les pétroliers dans le détroit. Les conséquences économiques et politiques le poussent à chercher une stratégie de sortie.

    Cependant, même en cas de désescalade, de cessation des hostilités et de réouverture du détroit, une paix négociée à long terme entre les États-Unis/Israël et l’Iran est désormais hors de portée, dans la durée. Le scénario central est celui d’une impasse prolongée, qui prolonge l’instabilité régionale et menace durablement la fiabilité des exportations du Golfe. Ce conflit ne peut être considéré comme un simple événement court terme et limité : il aura des conséquences majeures sur l’économie mondiale et la logique des blocs.

    Sanctions et fragmentation financière
    De plus, l’élargissement du champ des sanctions occidentales et l’utilisation croissante de la politique commerciale comme outil de coercition géopolitique ont contribué à une fragmentation du système financier mondial, incitant les institutions étatiques, ainsi que des banques et multinationales à explorer des alternatives aux mécanismes basés sur le dollar. Là où le dollar servait autrefois d’ancrage relativement incontesté pour le commerce international et les réserves, le risque croissant d’exclusion des systèmes de compensation et de financement a conduit les décideurs de plusieurs régions à réévaluer leur dépendance aux systèmes centrés sur les États-Unis. La guerre en Ukraine a illustré la rapidité avec laquelle la confiance dans les instruments financiers traditionnels peut s’éroder. L’éclatement des hostilités et le flux de sanctions ont coïncidé avec une forte hausse du prix de l’or, alors que les investisseurs et les banques centrales cherchaient des valeurs refuges perçues comme sûres.

    Plus récemment, l’escalade des tensions commerciales a relancé la diversification, que ce soit vers d’autres devises, l’or et d’autres matières premières, ou le développement de systèmes de paiement régionaux. Ces dynamiques suggèrent une remise en question plus large des hypothèses de longue date sur la domination du dollar et soulèvent des questions sur l’évolution des politiques économiques dans une ère de rivalité géopolitique intense.

    L’essence de l’or
    La trajectoire de l’or dépend des conséquences du conflit iranien, des réponses des banques centrales et de la fragilité structurelle de la finance mondiale. La réaction modérée des prix face à la guerre en Iran confirme que l’or ne s’envole pas systématiquement lors des crises. Sa valeur durable réside dans son statut d’actif physique et réel, reflétant les interactions entre liquidité, sanctions, domination du dollar, taux d’intérêt, volatilité spéculative et incertitude stratégique, plutôt que de servir uniquement de couverture contre les paniques à court terme. Même sous de fortes sanctions et des risques géopolitiques élevés, le rôle premier de l’or reste la préservation de la valeur, et non des envolées systématiques de son prix.

    Ce texte poursuit une finalité analytique et ne constitue par un conseil d’investissement. Traduit de façon semi-automatique depuis l’original anglais.

  • Risque d’éclatement de l’UE et résilience productive

    Risque d’éclatement de l’UE et résilience productive

    Cette analyse est publiée en partenariat avec l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

    L’administration américaine brocarde l’Union européenne pour des maux souvent réels. Cependant, la soumission économique vis-à-vis des Etats-Unis et l’importation de leur crise culturelle jouent elles-mêmes un rôle déterminant dans le décrochage de l’UE. Au vu de ce paradoxe, ces attaques sont d’autant plus déstabilisantes que les exigences de l’administration Trump (acceptées par Ursula von der Leyen) entravent simultanément l’éventualité d’un retour de l’Europe dans la course technologique. Au-delà des invectives transatlantiques, cette impasse historique rend effectivement la perspective d’un éclatement de l’UE tangible. Il convient d’en anticiper les éventuels effets, par un travail de résilience productive et intellectuelle.

    Les conditions commerciales dictées par Washington illustre, en premier lieu, l’impasse technologique liée au clivage transatlantique. La Commission von der Leyen, en échange d’un niveau général de droits de douane unilatéraux limité à 15%, met en place une politique d’accommodement vis-à-vis du secteur technologique américain sur la plupart des dossiers, à l’exception de ceux liés au contenu des réseaux sociaux. Le fait que ces concessions soient ensuite présentées sous le jour d’une politique de compétitivité n’enlève, malheureusement, pas à leurs effets de long terme.

    L’abandon de l’ambition d’autonomie technologique vient aggraver une série de paris malheureux dans ce domaine. Plus encore que le manque de débat, ces choix ont révélé une faille en matière de compétences scientifiques et industrielles. On citera comme exemples le pari démesuré sur l’hydrogène; la transition généralisée vers l’électrique dans l’automobile, sans étude d’impact face à la concurrence, avant de devoir rétropédaler; le raté dans les semi-conducteurs (avec le cher pari sur les transferts de la part d’Intel, en perte de vitesse). On pourrait y ajouter l’exportation du choc de la transition énergétique allemande, amplifiée par l’abandon, au cours de la décennie passée, des projets de diversification des importations gazières, au profit de Nord Stream I & II. Les compétences concrètes ont été supplantées par l’administratif, l’événementiel et le réglementaire.

    Nous avons imité les dérives du modèle américain, mais en omettant l’ampleur de son système de recherche, des financements pour les programmes technologiques et l’émergence des géants numériques dans ce cadre. La facette qui inspire les Européens est davantage centrée sur le type d’hypertrophie managériale qui a conduit au déclin d’une entreprise comme Boeing.

    La crise de l’industrie européenne illustre l’essoufflement d’une logique d’optimisation logistique poussée à l’extrême, aux dépends de l’innovation et du positionnement sur les nouveaux secteurs. Cela nous a permis de bénéficier de coûts très bas en Asie et en Europe centrale, tout en capitalisant sur le prestige de marques historiques. La crise énergétique et le bond technologique de la Chine, longtemps présentée comme eldorado pour les exportations européennes, ont fait dérailler ce modèle.

    Le fait que les Etats-Unis cherchent à asseoir leur effort de réindustrialisation sur la soumission commerciale de leurs vassaux s’ajoute à ces difficultés. Les pénuries d’équipements militaires sur le front ukrainien n’ont pas seulement révélé l’ampleur de l’attrition industrielle de l’UE et des USA, derrière l’enthousiasme suscité par la bulle de l’IA, au même moment. Elle a également précipité la fracture du bloc occidental, conduisant les Européens a redévelopper leurs propres capacités militaires. Pour autant, ce moment d’ébranlement politique semble peu propice à l’ancrage stratégique de long terme et à la conjuration du risque nucléaire, qui avait animé les générations précédentes. De plus, la remilitarisation se fait, en grande partie, au profit de l’industrie américaine, comme en témoignent aux yeux du grand public les commandes de F-35.

    En réalité, le niveau de désindustrialisation interroge notre interprétation de la notion même de PIB, au vu des activités qui sont désormais au cœur de l’activité des économies développées, soutenue au moyen de bulles, jusqu’à ce qu’elles éclatent. A l’heure où de nombreux pays se développent, forment des ingénieurs en nombre et les mobilisent pour leur déploiement industriel, s’impose une réflexion lucide sur la valeur de nos économies désindustrialisées, à l’ère du Powerpoint et des montagnes de financements circulaires.

    La crise de l’euro n’avait pas donné lieu à une remise en question véritable. Au contraire, lui ont succédé une politique de bulle monétaire et, autour de 2017, la croyance en un bond en avant imminent des mécanismes fédéraux. On a alors même annoncé une dynamique de réindustrialisation, alors qu’une analyse plus ancrée ne pouvait qu’indiquer une tendance inverse. C’est dans cette optique que la situation française a continuellement dérapé sur le plan financier et industriel. L’adage selon laquelle chaque crise est l’occasion de parachever une étape dans l’édification de l’UE a accompagné l’éloignement de l’horizon d’une société stable, créative et prospère.

    La perspective d’un nouveau départ pour l’Union européenne est entravée par la nature-même de son décrochage, ancré dans des évolutions culturelles, dont la dérive bureaucratique et la crise éducative sont des éléments centraux. En lieu de remède, on voit de nombreux partis et mouvements en tous genres se positionner dans un jeu de guerre culturelle, dont les termes et la théâtralité sont directement importés des médias, plateformes et organismes outre-atlantiques. Les concessions actuelles de la Commission retarderaient, dans le meilleur des cas, un virage de redressement productif de plusieurs années.

    Au-delà des invectives trumpiennes, la survie de l’UE à long terme ne peut plus être la seule hypothèse de travail, face aux chocs financiers qui s’annoncent, au décrochage productif et éducatif, ainsi qu’à l’issue de la guerre russo-ukrainienne. Les Etats et acteurs économiques doivent se préparer à la possibilité d’un bouleversement du système de coopération européen à l’horizon d’une décennie.

    Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un jeu de prophéties sur ce qui constituerait le facteur déclenchant parmi les diverses options : de l’élection de l’Alternative für Deutschland (AfD) à la sortie de certains pays d’Europe centrale, perdant éventuellement leur statut de bénéficiaires nets du budget européen, au gré de l’intégration de l’Ukraine ; ce qui pourrait expliquer que Moscou ne s’y oppose pas.

    Il s’agit, avant tout, d’engager un travail de préparation pour éviter un éclatement désordonné. Car celui-ci aurait des conséquences redoutables pour les pays ne disposant plus, à ce moment, d’un modèle productif ni des ressources requises. Dans un scénario combinant éclatement et impréparation, la tendance qu’illustre l’accord avec le Mercosur pourrait, à l’horizon en question, entraîner des difficultés d’approvisionnement alimentaire. Une stratégie de résilience doit aborder ces risques tangibles.

    Anticiper la perspective du retour de responsabilités nationales, dans un cadre qui serait plus proche d’une union douanière intégrée et d’un mécanisme de coordination monétaire, pourrait, dans tous les cas, servir d’aiguillon à un travail de stratégie productive et de sursaut éducatif. Alors que la méconnaissance réciproque entre européens a atteint un degré préoccupant, un tel effort pourrait même nous rassembler, suivant des objectifs plus concrets de bonne entente et de stabilité.

  • Entre bulle de l’IA et pénurie militaire : une crise systémique

    Entre bulle de l’IA et pénurie militaire : une crise systémique

    La montagne financière construite sur les promesses révolutionnaires de l’IA générative est vertigineuse. Les financements circulaires entre entreprises du secteur se sont multipliés, alors que des limites structurelles apparaissent en termes de fiabilité des modèles de langage (LLM) et de leur valeur économique. De bulle en bulle, cette nouvelle fuite en avant renvoie à une désorganisation plus profonde des économies occidentales, en matière de mobilisation des capitaux et des compétences. A cet égard, les failles simultanées que présentent les soutiens de l’Ukraine dans leur capacité industrielle sont le symptôme d’une crise de système.

    L’analyse de Rémi Bourgeot, économiste et ingénieur, chercheur associé à l’IRIS.

    Alors que le monde prenait conscience du potentiel concret de l’intelligence artificielle avec ChatGPT, la faillite de la Silicon Valley Bank, début 2023, provoquait un début de crise financière. Les valeurs technologiques se voyaient fortement chahuter. On pointait alors du doigt les constructions financières hasardeuses centrées sur les fonds de capital-risque, notamment dans l’univers des cryptomonnaies, touché par une série de scandales.

    Ces scrupules allaient vite être balayés par une nouvelle phase d’euphorie financière, centrée cette fois sur l’IA, mais suivant des ressorts comparables. Nvidia émergeait alors comme la grande gagnante, avec ses cartes graphiques adaptées aux exigences du développement de réseaux de neurones géants. A l’occasion, elle verrouillait le marché avec sa plateforme propriétaire, Cuda. La notion même de ratio de valorisation semblait alors ensevelie par des perspectives de bouleversement de l’activité humaine.

    Il n’est pas choquant que la question des limites inhérentes aux modèles de langage aient été ignorées dans la première phase d’euphorie. Derrière les réactions à l’emporte pièce des apôtres comme des détracteurs absolus de l’IA, les précautions mesurées venaient plutôt de commentateurs discrets, mêlant compréhension technique des réseaux de neurones et intuition philologique (sur la puissance et les limites de la logique syntaxique que captent les LLM).

    OpenAI avait débuté en développant des modèles ouverts, à but non lucratif, et son statut est longtemps resté hybride. L’idée dominait selon laquelle les LLM atteindraient un point de rupture qualitative, grâce une explosion de leur taille et donc des capacités de calcul. La notion confuse d’AGI (intelligence artificielle générale) a alors servi d’horizon aux financements les plus démesurées.

    Dès 2024, les succès techniques d’entreprises comme Mistral en France et DeepSeek en Chine, avec des moyens incomparablement plus limités, ont pourtant commencé à semer le doute sur l’idée que le développement des LLM nécessitait les milliers de milliards de dollars dont parlait Sam Altman, chez OpenAI.

    Les entreprises qui développent les modèles d’IA fondamentaux ne présentent pas de modèle économique véritable, au-delà de l’utilisation des fonds des investisseurs pour couvrir leurs dépenses, notamment pour l’achat de puces. Mais au-delà même de la question de la stabilité financière, il faut se poser celle de l’allocation de ressources à une technologique particulière. Le pionnier Yann Le Cun n’a eu de cesse d’insister sur les limites des LLM et appelé à un effort sur d’autres types de modèles, ignorés par la masse des investisseurs. A la place, la bulle a pris une nouvelle dimension, avec des financements massifs des entreprises de semi-conducteurs, comme Nvidia, à destination de leurs propres clients, comme OpenAI.

    Cette dernière bulle interroge non seulement l’état de ce secteur mais plus généralement le mode de financement de l’économie. Il semble de plus en plus difficile aux pays développés de piloter une dynamique de développement, hors de vagues d’investissements et d’engouement institutionnel qui évoquent une forme de croyance magique ou, parfois même, d’hystérie collective.

    Pendant ce temps, la guerre d’Ukraine met en évidence les limites de l’industrie occidentale dans la production de matériels. Les capacités de production de munitions, de véhicules blindés ou de composants électroniques se sont avérés chroniquement inadaptés à une demande soutenue et prolongée. De nombreuses usines capables de fabriquer des composants critiques ont été fermées au cours des dernières décennies. Les chaînes d’approvisionnement sont limitées, souvent dépendantes de fournisseurs rares ou à l’étranger.

    Cette situation révèle un problème systémique centré sur l’insuffisance productive, au-delà de l’industrie de défense. Elle résulte d’un manque de planification stratégique, notamment dans le financement, l’approvisionnement énergétique, et la mobilisation des compétences. La relance de la production exige de restaurer des chaînes industrielles complexes et des modèles de rentabilité dans la durée. Sans cela, même des investissements massifs resteront sans effet.

    La puissance industrielle ne procède pas de bulles boursières gonflées par l’extase d’un nirvana numérique post-corporel. Elle nécessite une interaction délicate entre entreprises, institutions de recherche et agences publiques, fondée sur des stratégies longues et les compétences humaines. Derrière les ressources intellectuelles de pointe affectées aux LLM, la bulle renvoie à la faiblesse structurelle des stratégies de développement industriel, dans un contexte d’affaissement éducatif et de relégation des compétences scientifiques.

    Pour autant, au vu de la déroute symbolisée par Boeing, le pari des Etats-Unis, centré sur le redéploiement de certaines productions et la maîtrise des coûts énergétiques, montrent des débuts de succès, certes timides, jusque dans les semi-conducteurs, avec l’implantation de TSMC. Bien que les chocs financiers nuisent à la réindustrialisation de fond, le pays parvient, au final, à imposer sa domination dans le numérique.

    En ce qui concerne l’Union européenne, son retrait des enjeux technologiques et le chaos énergétique, lié à la sortie allemande du nucléaire, la place dans une situation plus précaire. Avec son positionnement comme utilisatrice dévouée des technologies américaines, elle saborde son potentiel industriel. Lors de la bulle internet de la fin des années 1990, l’Europe s’est laissée distancer pendant la phase d’ascension, a tout de même subi les effets de l’éclatement, puis abandonné l’ambition d’un rattrapage. A ce titre, la détermination qu’affiche Ursula von der Leyen, consistant à assurer à l’UE le statut de vassal numérique et militaire des Etats-Unis pour les décennies à venir, pointe l’horizon d’une baisse du niveau de vie des Européens et d’une dislocation politique.

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    Je suis intervenu hier sur France Info TV : Derrière la menace de chaos, Trump parvient à imposer un nouveau paradigme de protection douanière, unilatérale. Ces tarifs sont certes modérés, mais accompagnés d’une litanie d’exigences consistant à creuser les dépendances de ses partenaires en matière numérique, militaire et énergétique. L’Europe brade son avenir technologique pour sauver les meubles de ses exportateurs historiques.

    Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo.