Catégorie : Economie

  • Risque d’Ă©clatement de l’UE et rĂ©silience productive

    Risque d’Ă©clatement de l’UE et rĂ©silience productive

    Cette analyse est publiĂ©e en partenariat avec l’Institut des relations internationales et stratĂ©giques (IRIS).

    L’administration amĂ©ricaine brocarde l’Union europĂ©enne pour des maux souvent rĂ©els. Cependant, la soumission Ă©conomique vis-Ă -vis des Etats-Unis et l’importation de leur crise culturelle jouent elles-mĂȘmes un rĂŽle dĂ©terminant dans le dĂ©crochage de l’UE. Au vu de ce paradoxe, ces attaques sont d’autant plus dĂ©stabilisantes que les exigences de l’administration Trump (acceptĂ©es par Ursula von der Leyen) entravent simultanĂ©ment l’éventualitĂ© d’un retour de l’Europe dans la course technologique. Au-delĂ  des invectives transatlantiques, cette impasse historique rend effectivement la perspective d’un Ă©clatement de l’UE tangible. Il convient d’en anticiper les Ă©ventuels effets, par un travail de rĂ©silience productive et intellectuelle.

    Les conditions commerciales dictĂ©es par Washington illustre, en premier lieu, l’impasse technologique liĂ©e au clivage transatlantique. La Commission von der Leyen, en Ă©change d’un niveau gĂ©nĂ©ral de droits de douane unilatĂ©raux limitĂ© Ă  15%, met en place une politique d’accommodement vis-Ă -vis du secteur technologique amĂ©ricain sur la plupart des dossiers, Ă  l’exception de ceux liĂ©s au contenu des rĂ©seaux sociaux. Le fait que ces concessions soient ensuite prĂ©sentĂ©es sous le jour d’une politique de compĂ©titivitĂ© n’enlĂšve, malheureusement, pas Ă  leurs effets de long terme.

    L’abandon de l’ambition d’autonomie technologique vient aggraver une sĂ©rie de paris malheureux dans ce domaine. Plus encore que le manque de dĂ©bat, ces choix ont rĂ©vĂ©lĂ© une faille en matiĂšre de compĂ©tences scientifiques et industrielles. On citera comme exemples le pari dĂ©mesurĂ© sur l’hydrogĂšne; la transition gĂ©nĂ©ralisĂ©e vers l’électrique dans l’automobile, sans Ă©tude d’impact face Ă  la concurrence, avant de devoir rĂ©tropĂ©daler; le ratĂ© dans les semi-conducteurs (avec le cher pari sur les transferts de la part d’Intel, en perte de vitesse). On pourrait y ajouter l’exportation du choc de la transition Ă©nergĂ©tique allemande, amplifiĂ©e par l’abandon, au cours de la dĂ©cennie passĂ©e, des projets de diversification des importations gaziĂšres, au profit de Nord Stream I & II. Les compĂ©tences concrĂštes ont Ă©tĂ© supplantĂ©es par l’administratif, l’évĂ©nementiel et le rĂ©glementaire.

    Nous avons imitĂ© les dĂ©rives du modĂšle amĂ©ricain, mais en omettant l’ampleur de son systĂšme de recherche, des financements pour les programmes technologiques et l’émergence des gĂ©ants numĂ©riques dans ce cadre. La facette qui inspire les EuropĂ©ens est davantage centrĂ©e sur le type d’hypertrophie managĂ©riale qui a conduit au dĂ©clin d’une entreprise comme Boeing.

    La crise de l’industrie europĂ©enne illustre l’essoufflement d’une logique d’optimisation logistique poussĂ©e Ă  l’extrĂȘme, aux dĂ©pends de l’innovation et du positionnement sur les nouveaux secteurs. Cela nous a permis de bĂ©nĂ©ficier de coĂ»ts trĂšs bas en Asie et en Europe centrale, tout en capitalisant sur le prestige de marques historiques. La crise Ă©nergĂ©tique et le bond technologique de la Chine, longtemps prĂ©sentĂ©e comme eldorado pour les exportations europĂ©ennes, ont fait dĂ©railler ce modĂšle.

    Le fait que les Etats-Unis cherchent Ă  asseoir leur effort de rĂ©industrialisation sur la soumission commerciale de leurs vassaux s’ajoute Ă  ces difficultĂ©s. Les pĂ©nuries d’équipements militaires sur le front ukrainien n’ont pas seulement rĂ©vĂ©lĂ© l’ampleur de l’attrition industrielle de l’UE et des USA, derriĂšre l’enthousiasme suscitĂ© par la bulle de l’IA, au mĂȘme moment. Elle a Ă©galement prĂ©cipitĂ© la fracture du bloc occidental, conduisant les EuropĂ©ens a redĂ©velopper leurs propres capacitĂ©s militaires. Pour autant, ce moment d’ébranlement politique semble peu propice Ă  l’ancrage stratĂ©gique de long terme et Ă  la conjuration du risque nuclĂ©aire, qui avait animĂ© les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes. De plus, la remilitarisation se fait, en grande partie, au profit de l’industrie amĂ©ricaine, comme en tĂ©moignent aux yeux du grand public les commandes de F-35.

    En rĂ©alitĂ©, le niveau de dĂ©sindustrialisation interroge notre interprĂ©tation de la notion mĂȘme de PIB, au vu des activitĂ©s qui sont dĂ©sormais au cƓur de l’activitĂ© des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es, soutenue au moyen de bulles, jusqu’à ce qu’elles Ă©clatent. A l’heure oĂč de nombreux pays se dĂ©veloppent, forment des ingĂ©nieurs en nombre et les mobilisent pour leur dĂ©ploiement industriel, s’impose une rĂ©flexion lucide sur la valeur de nos Ă©conomies dĂ©sindustrialisĂ©es, Ă  l’ùre du Powerpoint et des montagnes de financements circulaires.

    La crise de l’euro n’avait pas donnĂ© lieu Ă  une remise en question vĂ©ritable. Au contraire, lui ont succĂ©dĂ© une politique de bulle monĂ©taire et, autour de 2017, la croyance en un bond en avant imminent des mĂ©canismes fĂ©dĂ©raux. On a alors mĂȘme annoncĂ© une dynamique de rĂ©industrialisation, alors qu’une analyse plus ancrĂ©e ne pouvait qu’indiquer une tendance inverse. C’est dans cette optique que la situation française a continuellement dĂ©rapĂ© sur le plan financier et industriel. L’adage selon laquelle chaque crise est l’occasion de parachever une Ă©tape dans l’Ă©dification de l’UE a accompagnĂ© l’éloignement de l’horizon d’une sociĂ©tĂ© stable, crĂ©ative et prospĂšre.

    La perspective d’un nouveau dĂ©part pour l’Union europĂ©enne est entravĂ©e par la nature-mĂȘme de son dĂ©crochage, ancrĂ© dans des Ă©volutions culturelles, dont la dĂ©rive bureaucratique et la crise Ă©ducative sont des Ă©lĂ©ments centraux. En lieu de remĂšde, on voit de nombreux partis et mouvements en tous genres se positionner dans un jeu de guerre culturelle, dont les termes et la théùtralitĂ© sont directement importĂ©s des mĂ©dias, plateformes et organismes outre-atlantiques. Les concessions actuelles de la Commission retarderaient, dans le meilleur des cas, un virage de redressement productif de plusieurs annĂ©es.

    Au-delĂ  des invectives trumpiennes, la survie de l’UE Ă  long terme ne peut plus ĂȘtre la seule hypothĂšse de travail, face aux chocs financiers qui s’annoncent, au dĂ©crochage productif et Ă©ducatif, ainsi qu’à l’issue de la guerre russo-ukrainienne. Les Etats et acteurs Ă©conomiques doivent se prĂ©parer Ă  la possibilitĂ© d’un bouleversement du systĂšme de coopĂ©ration europĂ©en Ă  l’horizon d’une dĂ©cennie.

    Il ne s’agit pas, Ă  ce stade, d’un jeu de prophĂ©ties sur ce qui constituerait le facteur dĂ©clenchant parmi les diverses options : de l’élection de l’Alternative fĂŒr Deutschland (AfD) Ă  la sortie de certains pays d’Europe centrale, perdant Ă©ventuellement leur statut de bĂ©nĂ©ficiaires nets du budget europĂ©en, au grĂ© de l’intĂ©gration de l’Ukraine ; ce qui pourrait expliquer que Moscou ne s’y oppose pas.

    Il s’agit, avant tout, d’engager un travail de prĂ©paration pour Ă©viter un Ă©clatement dĂ©sordonnĂ©. Car celui-ci aurait des consĂ©quences redoutables pour les pays ne disposant plus, Ă  ce moment, d’un modĂšle productif ni des ressources requises. Dans un scĂ©nario combinant Ă©clatement et imprĂ©paration, la tendance qu’illustre l’accord avec le Mercosur pourrait, Ă  l’horizon en question, entraĂźner des difficultĂ©s d’approvisionnement alimentaire. Une stratĂ©gie de rĂ©silience doit aborder ces risques tangibles.

    Anticiper la perspective du retour de responsabilitĂ©s nationales, dans un cadre qui serait plus proche d’une union douaniĂšre intĂ©grĂ©e et d’un mĂ©canisme de coordination monĂ©taire, pourrait, dans tous les cas, servir d’aiguillon Ă  un travail de stratĂ©gie productive et de sursaut Ă©ducatif. Alors que la mĂ©connaissance rĂ©ciproque entre europĂ©ens a atteint un degrĂ© prĂ©occupant, un tel effort pourrait mĂȘme nous rassembler, suivant des objectifs plus concrets de bonne entente et de stabilitĂ©.

  • La faille commerciale de l’UE

    La faille commerciale de l’UE

    J’ai participĂ© Ă  l’Ă©mission Inside Story d’Al Jazeera avec Andy Mok and Ben Aris. Les Ă©conomies europĂ©ennes en dĂ©crochage doivent rééquilibrer leurs Ă©changes commerciaux avec la Chine et rompre avec leur dĂ©clin technologique endogĂšne.

  • Entre bulle de l’IA et pĂ©nurie militaire : une crise systĂ©mique

    Entre bulle de l’IA et pĂ©nurie militaire : une crise systĂ©mique

    La montagne financiĂšre construite sur les promesses rĂ©volutionnaires de l’IA gĂ©nĂ©rative est vertigineuse. Les financements circulaires entre entreprises du secteur se sont multipliĂ©s, alors que des limites structurelles apparaissent en termes de fiabilitĂ© des modĂšles de langage (LLM) et de leur valeur Ă©conomique. De bulle en bulle, cette nouvelle fuite en avant renvoie Ă  une dĂ©sorganisation plus profonde des Ă©conomies occidentales, en matiĂšre de mobilisation des capitaux et des compĂ©tences. A cet Ă©gard, les failles simultanĂ©es que prĂ©sentent les soutiens de l’Ukraine dans leur capacitĂ© industrielle sont le symptĂŽme d’une crise de systĂšme.

    L’analyse de RĂ©mi Bourgeot, Ă©conomiste et ingĂ©nieur, chercheur associĂ© Ă  l’IRIS.

    Alors que le monde prenait conscience du potentiel concret de l’intelligence artificielle avec ChatGPT, la faillite de la Silicon Valley Bank, dĂ©but 2023, provoquait un dĂ©but de crise financiĂšre. Les valeurs technologiques se voyaient fortement chahuter. On pointait alors du doigt les constructions financiĂšres hasardeuses centrĂ©es sur les fonds de capital-risque, notamment dans l’univers des cryptomonnaies, touchĂ© par une sĂ©rie de scandales.

    Ces scrupules allaient vite ĂȘtre balayĂ©s par une nouvelle phase d’euphorie financiĂšre, centrĂ©e cette fois sur l’IA, mais suivant des ressorts comparables. Nvidia Ă©mergeait alors comme la grande gagnante, avec ses cartes graphiques adaptĂ©es aux exigences du dĂ©veloppement de rĂ©seaux de neurones gĂ©ants. A l’occasion, elle verrouillait le marchĂ© avec sa plateforme propriĂ©taire, Cuda. La notion mĂȘme de ratio de valorisation semblait alors ensevelie par des perspectives de bouleversement de l’activitĂ© humaine.

    Il n’est pas choquant que la question des limites inhĂ©rentes aux modĂšles de langage aient Ă©tĂ© ignorĂ©es dans la premiĂšre phase d’euphorie. DerriĂšre les rĂ©actions Ă  l’emporte piĂšce des apĂŽtres comme des dĂ©tracteurs absolus de l’IA, les prĂ©cautions mesurĂ©es venaient plutĂŽt de commentateurs discrets, mĂȘlant comprĂ©hension technique des rĂ©seaux de neurones et intuition philologique (sur la puissance et les limites de la logique syntaxique que captent les LLM).

    OpenAI avait dĂ©butĂ© en dĂ©veloppant des modĂšles ouverts, Ă  but non lucratif, et son statut est longtemps restĂ© hybride. L’idĂ©e dominait selon laquelle les LLM atteindraient un point de rupture qualitative, grĂące une explosion de leur taille et donc des capacitĂ©s de calcul. La notion confuse d’AGI (intelligence artificielle gĂ©nĂ©rale) a alors servi d’horizon aux financements les plus dĂ©mesurĂ©es.

    DĂšs 2024, les succĂšs techniques d’entreprises comme Mistral en France et DeepSeek en Chine, avec des moyens incomparablement plus limitĂ©s, ont pourtant commencĂ© Ă  semer le doute sur l’idĂ©e que le dĂ©veloppement des LLM nĂ©cessitait les milliers de milliards de dollars dont parlait Sam Altman, chez OpenAI.

    Les entreprises qui dĂ©veloppent les modĂšles d’IA fondamentaux ne prĂ©sentent pas de modĂšle Ă©conomique vĂ©ritable, au-delĂ  de l’utilisation des fonds des investisseurs pour couvrir leurs dĂ©penses, notamment pour l’achat de puces. Mais au-delĂ  mĂȘme de la question de la stabilitĂ© financiĂšre, il faut se poser celle de l’allocation de ressources Ă  une technologique particuliĂšre. Le pionnier Yann Le Cun n’a eu de cesse d’insister sur les limites des LLM et appelĂ© Ă  un effort sur d’autres types de modĂšles, ignorĂ©s par la masse des investisseurs. A la place, la bulle a pris une nouvelle dimension, avec des financements massifs des entreprises de semi-conducteurs, comme Nvidia, Ă  destination de leurs propres clients, comme OpenAI.

    Cette derniĂšre bulle interroge non seulement l’état de ce secteur mais plus gĂ©nĂ©ralement le mode de financement de l’économie. Il semble de plus en plus difficile aux pays dĂ©veloppĂ©s de piloter une dynamique de dĂ©veloppement, hors de vagues d’investissements et d’engouement institutionnel qui Ă©voquent une forme de croyance magique ou, parfois mĂȘme, d’hystĂ©rie collective.

    Pendant ce temps, la guerre d’Ukraine met en Ă©vidence les limites de l’industrie occidentale dans la production de matĂ©riels. Les capacitĂ©s de production de munitions, de vĂ©hicules blindĂ©s ou de composants Ă©lectroniques se sont avĂ©rĂ©s chroniquement inadaptĂ©s Ă  une demande soutenue et prolongĂ©e. De nombreuses usines capables de fabriquer des composants critiques ont Ă©tĂ© fermĂ©es au cours des derniĂšres dĂ©cennies. Les chaĂźnes d’approvisionnement sont limitĂ©es, souvent dĂ©pendantes de fournisseurs rares ou Ă  l’étranger.

    Cette situation rĂ©vĂšle un problĂšme systĂ©mique centrĂ© sur l’insuffisance productive, au-delĂ  de l’industrie de dĂ©fense. Elle rĂ©sulte d’un manque de planification stratĂ©gique, notamment dans le financement, l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique, et la mobilisation des compĂ©tences. La relance de la production exige de restaurer des chaĂźnes industrielles complexes et des modĂšles de rentabilitĂ© dans la durĂ©e. Sans cela, mĂȘme des investissements massifs resteront sans effet.

    La puissance industrielle ne procĂšde pas de bulles boursiĂšres gonflĂ©es par l’extase d’un nirvana numĂ©rique post-corporel. Elle nĂ©cessite une interaction dĂ©licate entre entreprises, institutions de recherche et agences publiques, fondĂ©e sur des stratĂ©gies longues et les compĂ©tences humaines. DerriĂšre les ressources intellectuelles de pointe affectĂ©es aux LLM, la bulle renvoie Ă  la faiblesse structurelle des stratĂ©gies de dĂ©veloppement industriel, dans un contexte d’affaissement Ă©ducatif et de relĂ©gation des compĂ©tences scientifiques.

    Pour autant, au vu de la dĂ©route symbolisĂ©e par Boeing, le pari des Etats-Unis, centrĂ© sur le redĂ©ploiement de certaines productions et la maĂźtrise des coĂ»ts Ă©nergĂ©tiques, montrent des dĂ©buts de succĂšs, certes timides, jusque dans les semi-conducteurs, avec l’implantation de TSMC. Bien que les chocs financiers nuisent Ă  la rĂ©industrialisation de fond, le pays parvient, au final, Ă  imposer sa domination dans le numĂ©rique.

    En ce qui concerne l’Union europĂ©enne, son retrait des enjeux technologiques et le chaos Ă©nergĂ©tique, liĂ© Ă  la sortie allemande du nuclĂ©aire, la place dans une situation plus prĂ©caire. Avec son positionnement comme utilisatrice dĂ©vouĂ©e des technologies amĂ©ricaines, elle saborde son potentiel industriel. Lors de la bulle internet de la fin des annĂ©es 1990, l’Europe s’est laissĂ©e distancer pendant la phase d’ascension, a tout de mĂȘme subi les effets de l’éclatement, puis abandonnĂ© l’ambition d’un rattrapage. A ce titre, la dĂ©termination qu’affiche Ursula von der Leyen, consistant Ă  assurer Ă  l’UE le statut de vassal numĂ©rique et militaire des Etats-Unis pour les dĂ©cennies Ă  venir, pointe l’horizon d’une baisse du niveau de vie des EuropĂ©ens et d’une dislocation politique.

  • CompĂ©titivitĂ© ou soumission ? Le dilemme europĂ©en

    Compétitivité ou soumission ? Le dilemme européen

    Sur ordre de Donald Trump, en Ă©change de droits de douane unilatĂ©raux de « seulement 15% », l’UE rĂ©vise d’un coup ses rĂ©glementations numĂ©riques pour offrir encore davantage le marchĂ© Ă  la Big Tech amĂ©ricaine.
    Mais c’est une politique de compĂ©titivitĂ©…
    Pendant ce temps, la Chine rĂ©oriente ses exportations vers l’Europe.
    Et l’industrie chancelle sous le coup de prix Ă©nergĂ©tiques intenables.

    Sur France 24 le 19 novembre 2025.

  • Donald Trump a-t-il tuĂ© la mondialisation?

    Donald Trump a-t-il tué la mondialisation?

    Le combat fait rage pour la suprĂ©matie technologique, hors d’Europe…

    Le Débat du jour de RFI le 5 novembre 2025

  • Terres rares: l’arme nuclĂ©aire de PĂ©kin

    Terres rares: l’arme nuclĂ©aire de PĂ©kin

    Donald Trump a dĂ©clarĂ©, aprĂšs un sommet en CorĂ©e du Sud avec son homologue chinois Xi Jinping, avoir convenu de rĂ©duire les droits de douane sur les produits chinois Ă  47 %, en Ă©change de garanties de PĂ©kin concernant l’approvisionnement en terres rares et l’achat de soja amĂ©ricain.

    France 24, 30 octobre 2025

  • Dette: l’impasse Ă©conomique

    Dette: l’impasse Ă©conomique

    Je suis intervenu sur France 24 sur le vide politique français et la petite musique dĂ©lĂ©tĂšre sur l’arrivĂ©e du FMI, alors que le dĂ©bat sur la dette fait l’impasse sur les questions de fond, Ă©conomiques, technologiques et Ă©ducatives. Cliquer sur l’image pour accĂ©der Ă  la vidĂ©o.

  • Face Ă  la vassalisation de l’Europe, sursaut ou postures ?

    Face à la vassalisation de l’Europe, sursaut ou postures ?

    Le niveau de vassalitĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par l’accord entre Ursula von der Leyen et Donald Trump a initiĂ© une prise de conscience de l’impasse Ă©conomique, technologique et politique dans laquelle se trouve l’Union europĂ©enne face aux Etats-Unis. Cette dĂ©rive supplĂ©mentaire de la prĂ©sidente de la Commission ouvre une crise existentielle pour l’UE.  

    L’imposition unilatĂ©rale de droits de douane amĂ©ricains Ă  la production europĂ©enne marque les esprit. En rĂ©alitĂ© leur niveau gĂ©nĂ©ral de 15 %, relativement modĂ©rĂ©, rĂ©sulte de concessions bien plus massives consenties par la Commission europĂ©enne. L’UE s’engage Ă  continuer Ă  creuser ses dĂ©pendances sur un ensemble de dossiers. Pour sauver le fragile statu quo industriel de secteurs ultra-exportateurs, en Allemagne en particulier, elle compromet son avenir technologique. L’Europe renonce Ă  toute vellĂ©itĂ© d’autonomie en matiĂšre numĂ©rique, militaire, et Ă©nergĂ©tique, dans la continuitĂ© du dernier sommet de l’OTAN. DerriĂšre la menace de chaos, Donald Trump parvient ainsi Ă  imposer, en plus d’un nouveau paradigme de protection douaniĂšre, unilatĂ©rale, une logique bien plus vaste de domination Ă©conomique – et gĂ©opolitique – sur les pays dĂ©jĂ  les plus alignĂ©s. 

    De nombreux politiciens europĂ©ens expriment leur embarras face Ă  la rĂ©vĂ©lation au yeux du grand public de l’impasse dans laquelle s’est enfermĂ©e l’UE. L’appel de certains d’entre eux Ă  la mise en place de contre-mesures sur le secteur numĂ©rique amĂ©ricain fait l’impasse sur le stade et l’ampleur rĂ©elle de la capitulation europĂ©enne. En Ă©change de droits de douane de moitiĂ© infĂ©rieurs Ă  la menace de 30 %, la Commission a justement donnĂ© la garantie Ă  Donald Trump d’abandonner toute politique rĂ©elle de concurrence technologique.  

    Au vu de l’excĂ©dent commercial allemand sur les Etats-Unis, une vĂ©ritable politique de rééquilibrage ciblĂ©e, par les droits de douane ou des investissements, aurait Ă©tĂ© lĂ©gitime. Les EuropĂ©ens auraient du accepter le principe et les moyens techniques d’un tel rééquilibrage commercial, mais sans aucune compromission sur l’idĂ©e d’une vassalisation gĂ©nĂ©ralisĂ©e, qui engage les gĂ©nĂ©rations futures. Une approche sereine aurait abouti Ă  des droits de douane (bas), sans aucune concession supplĂ©mentaire en matiĂšre de politique d’autonomie technologique, militaire et Ă©nergĂ©tique. En se focalisant exclusivement sur les intĂ©rĂȘts immĂ©diats des industries ultra-exportatrices et sur les injonctions amĂ©ricaines les plus maximalistes, la perspective irrĂ©aliste de droits de douane Ă  30 % dans la durĂ©e Ă  amener Ursula von der Leyen Ă  saborder le potentiel technologique de l’UE.  

    Ainsi, l’impasse dans laquelle s’est enfermĂ©e l’Europe s’avĂšre plus profonde que cet accord commercial humiliant. Elle concerne le mode de gouvernance, la bureaucratisation extrĂȘme, la soumission aux groupes d’intĂ©rĂȘt et la rĂ©gurgitation d’idĂ©ologies amĂ©ricaines gĂ©nĂ©riques par tous les courants politiques, de l’extrĂȘme droite Ă  l’extrĂȘme gauche en passant par l’extrĂȘme centre. Les Etats-Unis se redressent progressivement de leur dĂ©bĂącle industrielle, malgrĂ© leur crise Ă©ducative et culturelle, en mobilisant leurs forces historiques. Cette capacitĂ© de rebond repose notamment sur les moyens financiers qu’ils offrent aux forces crĂ©atives et scientifiques. A l’inverse, l’Europe prend le pli de copier les aspects les plus nĂ©fastes de la gouvernance et de la culture de masse amĂ©ricaine, sans les qualitĂ©s d’un systĂšme qui se donnent les moyens scientifiques de sa puissance. Face Ă  la dĂ©route industrielle, les États-Unis entament une amorce de rĂ©industrialisation, grĂące en particulier Ă  la faiblesse des coĂ»ts Ă©nergĂ©tiques. A l’inverse, la Commission exporte le chaos de la politique Ă©nergĂ©tique allemande aux pays qui bĂ©nĂ©ficieraient encore d’une infrastructure Ă©nergĂ©tique rationnelle et, dĂ©sormais, en promettant des importations massives de LNG amĂ©ricain Ă  des prix prohibitifs. 

    Alors que l’affaissement de la position europĂ©enne Ă©taient criant depuis de longs mois, les reprĂ©sentants d’organismes amĂ©ricains de Bruxelles, comme le site « Politico Europe », dĂ©fendaient avec une Ă©tonnante ĂąpretĂ© la position de la Commission, lui prĂȘtant mĂȘme des vertus de force et d’unitĂ©. Ces nĂ©gociations factices ont en fait permis d’entĂ©riner l’écrasement europĂ©en face aux intĂ©rĂȘts des groupes amĂ©ricains. Au-delĂ  de la forme et du style particulier de Donald Trump, la politique internationale des Etats-Unis est largement transpartisane. L’Inflation Reduction Act de l’administration Biden constituait dĂ©jĂ  une vaste politique protectionniste au bĂ©nĂ©fice de la rĂ©industrialisation amĂ©ricaine. La faible connaissance des rĂ©alitĂ©s europĂ©ennes et mondiales parmi les gouvernements de l’UE a ouvert la voie au vide de la Commission von der Leyen, mĂȘlant soumission sur la scĂšne internationale et autoritarisme en interne.  

    Davantage qu’un simple outil de rééquilibrage commercial, Trump conçoit les barriĂšres douaniĂšres comme un mode de sanctions. C’est d’ailleurs au vu de l’escalade des derniers mois avec la Chine, qui lui a tenu tĂȘte, qu’il s’est focalisĂ© sur les pays les plus infĂ©odĂ©s aux Etats-Unis, dans un contexte gĂ©opolitique dĂ©sastreux. C’est notablement le cas sur le dossier de Gaza, sur lequel l’UE refuse de peser, prenant Ă  la lettre les intimidations amĂ©ricaines. On a pu constater les limites des mesures Ă©conomiques dans le cas d’un pays comme la Russie, au territoire gigantesque et autonome en termes de ressources. A l’inverse, dans le cas d’IsraĂ«l, l’UE disposait de leviers Ă©vidents et immĂ©diats, pour mettre fin Ă  une politique d’annihilation dans son voisinage, si elle disposait d’une vellĂ©itĂ© d’autonomie et d’une conscience historique. Bien plus qu’une simple question de stratĂ©gie dans les nĂ©gociations internationales, l’affaissement politique europĂ©en renvoie Ă  une crise de civilisation. 

    Cette tribune a Ă©tĂ© initialement publiĂ© par l’Institut de relations internationales et stratĂ©giques (IRIS).

  • L’Europe brade son avenir face Ă  Trump

    L’Europe brade son avenir face Ă  Trump

    Je suis intervenu hier sur France Info TV : DerriĂšre la menace de chaos, Trump parvient Ă  imposer un nouveau paradigme de protection douaniĂšre, unilatĂ©rale. Ces tarifs sont certes modĂ©rĂ©s, mais accompagnĂ©s d’une litanie d’exigences consistant Ă  creuser les dĂ©pendances de ses partenaires en matiĂšre numĂ©rique, militaire et Ă©nergĂ©tique. L’Europe brade son avenir technologique pour sauver les meubles de ses exportateurs historiques.

    Cliquer sur l’image pour visionner la vidĂ©o.

  • Trump impose son rapport de force Ă  ses vassaux

    Trump impose son rapport de force Ă  ses vassaux

    Sur France Info TV, au sujet du rapport de force économique et technologique que Donald Trump cherche à établir avec les pays les plus alignés sur les Etats-Unis, au moyen de la politique douaniÚre.
    Extraits