Catégorie : Médias

  • Pourquoi l’or perd-il son attrait malgré la guerre d’Iran

    Pourquoi l’or perd-il son attrait malgré la guerre d’Iran

    J’ai répondu aux questions du journaliste Nils Adler sur la réaction limitée de l’or à la guerre d’Iran. En plus des extraits sur le site d’Al Jazeera, voici mon analyse plus complète.

    Un choc géo-économique, comme le blocage du détroit d’Ormuz, aurait traditionnellement été perçu comme un facteur de hausse de la demande d’or. Cependant, des facteurs structurels ont tempéré son attrait en tant que valeur refuge.

    Fuite vers la liquidité, volatilité et psychologie de marché
    Lors des grandes crises, les marchés financiers subissent souvent une tension généralisée, avec des actifs sous pression alors que les investisseurs recherchent liquidité et sécurité, en particulier en dollars et en bons du Trésor. Même l’or, historiquement une valeur refuge, peut rester stable ou baisser lorsque les marchés privilégient les actifs liquides. Ce schéma s’est confirmé avec l’escalade iranienne : l’or est resté relativement stable plutôt que de s’envoler, malgré des tensions extrêmes. Paradoxalement, c’est le caractère potentiellement systémique de cette crise qui limite la demande d’or, d’autres mécanismes financiers entrant en jeu.

    De plus, la position de la Réserve fédérale reste décisive. La hausse des coûts énergétiques et une inflation persistante renforcent les attentes selon lesquelles les taux d’intérêt pourraient rester élevés, ce qui soutient le dollar et rend les actifs rémunérés plus attractifs que l’or, non rémunérateur. Cette interaction réduit l’attrait immédiat de l’or, la politique monétaire interagissant avec les risques géopolitiques et financiers structurels.

    Par ailleurs, le marché de l’or est de plus en plus façonné par la spéculation et une volatilité accrue, ce qui peut dissuader les investisseurs averses au risque. Les fluctuations rapides et les prises de bénéfices découragent l’accumulation, sapant le rôle de l’or en tant qu’actif refuge. Les niveaux déjà élevés, atteints sur plusieurs années, amplifient cet effet, empêchant une ruée massive vers l’or. La volatilité spéculative peut ainsi neutraliser sa fonction à court terme.

    En dehors des épisodes de risques financiers systémiques, qui peuvent déclencher des fuites vers la liquidité en dollars, le paysage géo-économique restera, pour autant, marqué par une fragmentation massive, soutenant les efforts de diversification, y compris vers l’or sur le plus long terme.

    Impasse prolongée et chocs énergétiques
    Les États-Unis sont confrontés à un fiasco stratégique, Donald Trump n’ayant pas anticipé la réponse de l’Iran envers les États du Golfe et le détroit d’Ormuz. Bien qu’il menace d’une escalade supplémentaire, même ses alliés les plus proches refusent de participer à des missions à haut risque, potentiellement suicidaires, pour escorter les pétroliers dans le détroit. Les conséquences économiques et politiques le poussent à chercher une stratégie de sortie.

    Cependant, même en cas de désescalade, de cessation des hostilités et de réouverture du détroit, une paix négociée à long terme entre les États-Unis/Israël et l’Iran est désormais hors de portée, dans la durée. Le scénario central est celui d’une impasse prolongée, qui prolonge l’instabilité régionale et menace durablement la fiabilité des exportations du Golfe. Ce conflit ne peut être considéré comme un simple événement court terme et limité : il aura des conséquences majeures sur l’économie mondiale et la logique des blocs.

    Sanctions et fragmentation financière
    De plus, l’élargissement du champ des sanctions occidentales et l’utilisation croissante de la politique commerciale comme outil de coercition géopolitique ont contribué à une fragmentation du système financier mondial, incitant les institutions étatiques, ainsi que des banques et multinationales à explorer des alternatives aux mécanismes basés sur le dollar. Là où le dollar servait autrefois d’ancrage relativement incontesté pour le commerce international et les réserves, le risque croissant d’exclusion des systèmes de compensation et de financement a conduit les décideurs de plusieurs régions à réévaluer leur dépendance aux systèmes centrés sur les États-Unis. La guerre en Ukraine a illustré la rapidité avec laquelle la confiance dans les instruments financiers traditionnels peut s’éroder. L’éclatement des hostilités et le flux de sanctions ont coïncidé avec une forte hausse du prix de l’or, alors que les investisseurs et les banques centrales cherchaient des valeurs refuges perçues comme sûres.

    Plus récemment, l’escalade des tensions commerciales a relancé la diversification, que ce soit vers d’autres devises, l’or et d’autres matières premières, ou le développement de systèmes de paiement régionaux. Ces dynamiques suggèrent une remise en question plus large des hypothèses de longue date sur la domination du dollar et soulèvent des questions sur l’évolution des politiques économiques dans une ère de rivalité géopolitique intense.

    L’essence de l’or
    La trajectoire de l’or dépend des conséquences du conflit iranien, des réponses des banques centrales et de la fragilité structurelle de la finance mondiale. La réaction modérée des prix face à la guerre en Iran confirme que l’or ne s’envole pas systématiquement lors des crises. Sa valeur durable réside dans son statut d’actif physique et réel, reflétant les interactions entre liquidité, sanctions, domination du dollar, taux d’intérêt, volatilité spéculative et incertitude stratégique, plutôt que de servir uniquement de couverture contre les paniques à court terme. Même sous de fortes sanctions et des risques géopolitiques élevés, le rôle premier de l’or reste la préservation de la valeur, et non des envolées systématiques de son prix.

    Ce texte poursuit une finalité analytique et ne constitue par un conseil d’investissement. Traduit de façon semi-automatique depuis l’original anglais.

  • Du Groënland à l’Ukraine: Eclatement de l’Occident

    Du Groënland à l’Ukraine: Eclatement de l’Occident

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    Rentranscription de mon interview avec France Info du 18 janvier 2026.

    France Info : Bonjour Rémi Bourgeot, merci d’être avec nous sur France Info. En 24 heures, est-ce qu’on est en train, selon vous, de franchir toutes les étapes qui mènent à une guerre commerciale, une guerre économique avec les États-Unis ?

    Oui, on y est en fait depuis déjà longtemps. Vous vous souvenez que l’année dernière, l’actualité avait été très marquée par les menaces de Donald Trump, avec une menace d’escalade des droits de douane, aboutissant finalement à un accord — entre guillemets — qui était plutôt une série d’injonctions acceptées par la Commission européenne, avec des droits de douane généraux à 15 %, et en plus l’acceptation par l’Europe de contraintes très fortes consistant à ne surtout pas aller trop réguler et embêter les géants de la tech californienne. Donc on part de là. C’était un peu calme ces derniers mois.

    Alors oui, la fin de l’accord était extrêmement défavorable à l’Union européenne, non seulement du fait de ses droits de douane, mais en plus des contraintes qui les accompagnaient et l’Europe avait simplement accepté les demandes américaines ?

    Oui, cet accord était extrêmement défavorable à l’Union européenne, non seulement à cause des droits de douane, mais aussi des contraintes qui les accompagnaient. L’Europe avait simplement accepté les demandes américaines. Il n’y avait pas vraiment eu de négociation de la part d’Ursula von der Leyen, qui avait ensuite été critiquée par divers pays européens. On pensait que les choses s’arrêtaient là, mais en réalité, on assiste à une dégradation beaucoup plus généralisée des relations entre l’Europe et les États-Unis, une véritable explosion du bloc occidental.

    Cela relève notamment de la question de l’Ukraine. On voit que les mesures commerciales se concentrent sur les pays de la coalition dite des volontaires. Donc c’est une escalade beaucoup plus large. Il semble que Trump veuille faire exploser l’OTAN actuellement. Il s’agit d’une bravade très poussée, qui ne se limite pas du tout aujourd’hui à la question commerciale, plutôt secondaire. On est dans une situation franchement loufoque avec cette question du Groenland. S’il y avait un intérêt stratégique véritable — ce qui est peut-être le cas pour les États-Unis —, ils pourraient obtenir les mêmes bénéfices par une coopération avec le Danemark, un pays extrêmement proche des États-Unis. Là, on voit des logiques plus globales chez Donald Trump. C’est un pourrissement beaucoup plus profond et durable.

    L’éclatement du camp occidental, c’est ce que souhaiterait Donald Trump. Comment pouvons-nous y répondre ? Notamment en activant ce mécanisme anti-coercition. Emmanuel Macron et son entourage font savoir qu’il va demander l’activation de cet instrument auprès de ses partenaires européens. Concrètement, Rémi Bourgeot, on dit que c’est un bazooka économique. Concrètement, ça ressemblerait à quoi si ce mécanisme entrait en action ?

    Déjà, on aurait dû, dès le début, au moment des négociations cet été, menacer et entrer dans cette logique de bras de fer avec Donald Trump pour ne pas être écrasé, en comprenant bien que ce n’étaient que les prémices. Aujourd’hui, on a une aggravation très grave, plus large, donc on ne pourra pas non plus se défendre simplement sur le plan commercial. Il faut répondre. Ensuite, ces mesures sont un cadre assez général. On parle de bazooka, mais il était plutôt pensé contre d’autres pays, notamment la Chine. Il faut une très large majorité en Europe pour les mettre en place, donc ce n’est pas gagné. Mais c’est la moindre des choses d’envisager une riposte. La contre-riposte de Trump sera l’escalade, avec la menace d’un écrasement économique des Européens, car sa logique est celle de l’humiliation. Il n’a aucun respect pour les dirigeants européens, et il y a des désaccords profonds sur des dossiers géopolitiques brûlants comme l’Ukraine.

    Rémi Bourgeot, vous nous parlez d’un scénario catastrophe. Comment l’Europe peut-elle résister à une telle escalade ?

    Le scénario catastrophe, c’est celui de la guerre, impensable entre l’Europe et les États-Unis. Maintenant, ce qui va se passer, c’est l’escalade. Cette escalade actuelle, avec ces menaces de droits de douane supplémentaires de 10 % pour les pays concernés, est déclenchée parce que les Européens ont envoyé quelques soldats — presque à l’unité — au Groenland. A priori, c’est presque rien, mais Trump ne tolère aucune opposition, même face à des demandes aussi extraordinaires et loufoques que celle d’obtenir le Groenland. La relation est dans une dynamique d’éclatement. On va voir toutes sortes de surenchères. Trump, quand on lui répond fermement, a tendance à reculer. La Chine, par exemple, avait menacé d’une escalade supplémentaire et dégainé son bazooka — la limitation de l’exportation des terres rares —, ce qui posait d’énormes problèmes industriels aux États-Unis. L’Inde, menacée de sanctions secondaires pour limiter ses échanges avec la Russie, avait aussi réagi fortement. Trump est donc sensible au bras de fer.

    Il faut voir ce contexte de pourrissement avec les Européens sur la question de l’Ukraine, qui est centrale dans cette escalade.

    Merci beaucoup, Rémi Bourgeot, pour votre regard d’économiste, chercheur associé à l’IRIS, sur cette guerre commerciale qui existe en réalité depuis le retour de Trump, mais qui se concrétise peut-être un peu plus ces 24 dernières heures, avec ces surtaxes annoncées par le président américain et l’Europe qui annonce vouloir riposter.


  • Après la bulle : l’IA peut servir la puissance industrielle au lieu de l’assécher

    Après la bulle : l’IA peut servir la puissance industrielle au lieu de l’assécher

    Cette tribune a été initialement publiée par Les Echos.

    La bulle de l’IA générative repose sur des financements circulaires entre acteurs du secteur, des valorisations déconnectées des réalités économiques, et une concentration extrême des ressources sur les modèles de langage (LLM). Ce qui devrait alarmer n’est pas tant l’ampleur de ces investissements que leur contraste saisissant avec la désintégration des capacités industrielles occidentales. La guerre d’Ukraine a révélé cette faille structurelle, avec l’incapacité à produire en quantité suffisante des équipements militaires essentiels, résultat de décennies de désindustrialisation et d’une allocation déséquilibrée des capitaux. En plus de sa dimension stratégique, ce paradoxe interroge la façon dont nous mesurons la puissance économique.

    Sur le front même de l’IA, les succès d’acteurs comme Mistral ou DeepSeek, plus économes que celles les géants de l’IA, démontrent que l’innovation ne dépend pas que d’une course effrénée à la taille des modèles. Les milliards continuent d’affluer vers des infrastructures matérielles colossales – data centers énergivores, puces spécialisées, réseaux de calcul – sans questionner les limites fondamentales des LLM. Ces investissements massifs contrastent avec le sous-financement chronique de l’industrie, et paradoxalement de l’automatisation.

    Au-delà du fantasme d’un monde numérique dématérialisé, les data centers sont des infrastructures extrêmement gourmandes en ressources matérielles : énergie, métaux rares, composants électroniques. Leur prolifération illustre le paradoxe actuel : on décuple les capacités de calcul, tandis que les filières productives qui pourraient tirer parti de ces technologies manquent de financements et de commandes. Celles-ci se lancent souvent dans des projets d’IA pour cocher une case et tenter des effets d’annonce auprès des investisseurs. Dans le domaine militaire, les drones autonomes, les systèmes de combat intelligents ou la maintenance prédictive représentent des applications concrètes où l’IA feront la différence, mais à condition d’être intégrée à une base industrielle solide et de ne pas tout parier sur des modèles peu fiables.

    Les chaînes de production de munitions, de véhicules blindés ou de composants électroniques, atrophiées par des années de désinvestissement, peinent à répondre aux besoins. Les usines ont fermé, les compétences se sont raréfiées, et les tentatives de relance se heurtent à l’absence de planification stratégique à long terme. Les États-Unis, malgré leurs propres contradictions, tentent de corriger ce déséquilibre en relocalisant certaines productions stratégiques. L’Europe, en revanche, reste en retrait, s’enfermant dans une dépendance technologique extrême, qui hypothèque son intégrité.

    Le cœur du problème réside dans cette allocation déséquilibrée des ressources. Les capitaux et les talents se concentrent sur des technologies spéculatives. Et les applications industrielles de l’IA (robotique avancée, systèmes autonomes, optimisation des processus de production) restent sous-financées. Surtout, elles manquent de garanties commerciales sous la forme de commandes. Cette situation crée un cercle vicieux : plus les investissements se dirigent vers les LLM et leurs infrastructures, moins il reste de ressources pour moderniser l’appareil productif réel.

    Pourtant, l’IA pourrait être un important levier de réindustrialisation si elle était pensée différemment. Une approche plus équilibrée consisterait à réorienter une partie des investissements vers l’automatisation industrielle, développer des applications concrètes intégrées aux processus de production et enfin encourager les compétences hybrides alliant expertise numérique et connaissance des métiers industriels, plutôt que de chercher des effets d’annonce.

    Sans cette réorientation stratégique, on verra se creuser l’écart entre un secteur numérique surdimensionné et une base industrielle incapable de répondre aux défis matériels. La guerre en Ukraine a servi de révélateur. La puissance ne se mesure pas seulement à la capacité à développer des algorithmes sophistiqués, mais aussi à celle de produire des équipements essentiels. L’enjeu n’est pas de rejeter l’IA, mais de la réintégrer dans une logique industrielle, où l’innovation numérique servirait enfin la production matérielle plutôt que de s’y substituer. Sans ce rééquilibrage, l’Occident risque de se retrouver avec une économie où les capacités de calcul explosent, mais où les usines, elles, continuent de fermer.

  • Crise agricole et Mercosur

    Crise agricole et Mercosur

    Fossé entre ceux qui défendent production, résilience et une bureaucratie figée dans les limbes des années 1990.

    L’UE fonce dans le traité avec le Mercosur, tout en préparant une protection face aux produits chinois ne s’écoulant plus sur le marché américain. Sur France Info TV

  • La faille commerciale de l’UE

    La faille commerciale de l’UE

    J’ai participé à l’émission Inside Story d’Al Jazeera avec Andy Mok and Ben Aris. Les économies européennes en décrochage doivent rééquilibrer leurs échanges commerciaux avec la Chine et rompre avec leur déclin technologique endogène.

  • Compétitivité ou soumission ? Le dilemme européen

    Compétitivité ou soumission ? Le dilemme européen

    Sur ordre de Donald Trump, en échange de droits de douane unilatéraux de « seulement 15% », l’UE révise d’un coup ses réglementations numériques pour offrir encore davantage le marché à la Big Tech américaine.
    Mais c’est une politique de compétitivité…
    Pendant ce temps, la Chine réoriente ses exportations vers l’Europe.
    Et l’industrie chancelle sous le coup de prix énergétiques intenables.

    Sur France 24 le 19 novembre 2025.

  • Donald Trump a-t-il tué la mondialisation?

    Donald Trump a-t-il tué la mondialisation?

    Le combat fait rage pour la suprématie technologique, hors d’Europe…

    Le Débat du jour de RFI le 5 novembre 2025

  • Terres rares: l’arme nucléaire de Pékin

    Terres rares: l’arme nucléaire de Pékin

    Donald Trump a déclaré, après un sommet en Corée du Sud avec son homologue chinois Xi Jinping, avoir convenu de réduire les droits de douane sur les produits chinois à 47 %, en échange de garanties de Pékin concernant l’approvisionnement en terres rares et l’achat de soja américain.

    France 24, 30 octobre 2025

  • Dette: l’impasse économique

    Dette: l’impasse économique

    Je suis intervenu sur France 24 sur le vide politique français et la petite musique délétère sur l’arrivée du FMI, alors que le débat sur la dette fait l’impasse sur les questions de fond, économiques, technologiques et éducatives. Cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo.

  • L’Europe brade son avenir face à Trump

    L’Europe brade son avenir face à Trump

    Je suis intervenu hier sur France Info TV : Derrière la menace de chaos, Trump parvient à imposer un nouveau paradigme de protection douanière, unilatérale. Ces tarifs sont certes modérés, mais accompagnés d’une litanie d’exigences consistant à creuser les dépendances de ses partenaires en matière numérique, militaire et énergétique. L’Europe brade son avenir technologique pour sauver les meubles de ses exportateurs historiques.

    Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo.