Catégorie : Vidéo

  • Réouverture du détroit d’Ormuz : vers un conflit gelé sur fond de paralysie politique

    Réouverture du détroit d’Ormuz : vers un conflit gelé sur fond de paralysie politique

    Intervention sur France Info TV le 29 mai 2026.

    Reranscription complète :

    Bonjour Rémi Bourgeot, il y a derrière le nerf de la guerre, l’argent, l’économie dans ces décisions de Donald Trump. Il y a quelques minutes seulement, on disait que le président américain voulait prendre son temps pour éventuellement donner sa décision sur cet accord avec l’Iran. Et là, on voit que les choses se précipitent. Est-ce que vous y voyez une dimension économique ?

    Economique certainement, parce que c’est la première cause de pression sur Donald Trump, du fait des effets sur l’économie mondiale et sur l’économie américaine. Donc il est soumis à cette urgence.

    Mais aujourd’hui, il est aussi confronté à des divisions internes. Personnellement, il a compris la catastrophe que constituait cette guerre israélo-américaine sur l’Iran assez vite, puisqu’on lui avait promis que ça n’allait durer que quelques jours.

    Mais au niveau américain, il est confronté à ces tensions avec une partie du parti républicain, des néoconservateurs en particulier, qui s’opposent à toute forme d’accord qui soit réaliste d’un point de vue diplomatique. Et par ailleurs, des pressions évidemment d’Israël, qui n’a aucun intérêt, en tout cas du point de vue de Benyamin Netanyahou, à conclure un accord avec l’Iran, et encore moins un accord qui ait des répercussions régionales, notamment sur la guerre qu’il mène au Liban. Donc, la situation reste très incertaine.

    Le nerf de la guerre pour les Américains reste le nucléaire. On voit cependant le poids de la position iranienne et les énormes difficultés militaires, en plus des difficultés économiques auxquels sont confrontés les États-Unis, qui doivent se soumettre à l’exigence principale de l’Iran, qui est de renvoyer à plus tard un accord nucléaire. Il faut le rappeler : la dernière fois, avec Obama, ça avait mis plusieurs années à être négocié.

    Donc aujourd’hui, on parle du fait que l’Iran s’engage à ne pas développer d’armes nucléaires, mais c’est déjà le cas. Les négociations portent sur le nucléaire civil et les niveaux d’enrichissement pour éviter que l’Iran soit en position, à un moment, de pouvoir développer le nucléaire militaire.

    Mais on voit une situation de très grande difficulté pour les États-Unis. Trump a probablement très clairement compris l’impasse dans laquelle il se trouvait, mais il est confronté à d’énormes oppositions, d’énormes pressions, avec tous ces allers-retours, cette incertitude incroyable.

    Et le mécanisme de négociation est quand même très surprenant, où il doit donner son accord à quelque chose qui est censé être négocié par lui-même, en fait, parce que les négociateurs ont un mandat très limité.

    Donc les parties tentent effectivement de s’entendre pour ouvrir le détroit d’Ormuz, qui était effectivement parfaitement ouvert avant cette guerre. Mais par-delà cette perspective d’accord partiel, la situation reste extrêmement tendue avec les États-Unis, qui ont le plus grand mal à reconnaître cette défaite stratégique.

    Rémi Bourgeot, vous êtes toujours en ligne avec nous. On parle de guerre, d’éventuelles solutions du conflit ou pas ? Et on parle nucléaire et pétrole essentiellement.

    Oui, je pense qu’il est tout à fait juste de dire que même en cas d’accord, ce serait un accord très partiel. Et en fait, la situation ressemblerait beaucoup plus, en réalité, à un conflit gelé qu’à un accord de paix. Il s’agit de rouvrir le détroit d’Ormuz et de laisser, en fait, le nucléaire de côté pour un éventuel accord bien plus tard, car cela prend très longtemps à négocier.

    Ce qui se passe visiblement à l’instant, c’est que Donald Trump a besoin de mettre le mot « nucléaire » dans l’annonce. Mais en fait, pour une concession qui n’existe pas véritablement, puisque les Iraniens ne développent pas, ne s’apprêtaient pas à développer un programme nucléaire militaire. Ce n’était pas ça l’enjeu.

    Et sur l’enrichissement, même à but civil ou expérimental, des concessions étaient déjà sur la table. Il s’agit pour les Iraniens de garder la capacité à enrichir de l’uranium. Donc on voit la situation telle qu’elle se dessine, en fait, depuis trois mois.

    C’est une débâcle stratégique pour les États-Unis et aussi pour Israël. Donald Trump est confronté à une très grande difficulté à conclure un accord, alors que ça fait bien deux mois qu’il se démène pour essayer de se dépêtrer de cette situation.

    La concession qui semblerait importante de la part des Iraniens est effectivement sur le contrôle du détroit d’Ormuz. Mais même s’ils changent les conditions d’accès ou de circulation, qu’ils ouvrent le détroit en coordination avec les Américains, ils ont fait la preuve que c’est, quelque part, ce qu’on a appelé leur « arme nucléaire » à eux : le pouvoir de contrôler le détroit, avec des moyens qui sont très limités, en comparaison du programme balistique par exemple.

    Donc on a cette situation qui pointe plutôt vers une sorte de conflit gelé, avec la perspective d’un accord nucléaire qui arriverait plus tard. Ce qui est positif, c’est qu’on voit cette volonté commune de rouvrir quand même le détroit d’Ormuz et des concessions de part et d’autre, mais un blocage extrêmement important au niveau américain, auquel est confronté Donald Trump pour pouvoir mettre en place une quelconque ouverture de façon réaliste.

    Merci Rémi Bourgeot pour votre analyse.

    Cette retranscription automatique a été éditée par souci de clarté.

  • La guerre exacerbe la crise du modèle industriel et social

    La guerre exacerbe la crise du modèle industriel et social

    Entretien sur France 24 avec la journaliste et romancière Aude Lechrist, sur la crise du modèle de développement occidental qu’exacerbent les aventures militaires. Transcription complète sous la vidéo.

    Aude Lechrist : En France, comme partout dans le monde, la fermeture du détroit d’Ormuz se fait sentir. Les syndicats réclament des augmentations salariales, notamment face au retour de l’inflation. Pour mieux comprendre comment les travailleurs sont touchés par les bouleversements actuels, la situation géopolitique, la pression climatique et les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle, nous recevons Rémi Bourgeot. Merci d’être avec nous. D’abord, les pressions qui pèsent sur les travailleurs sont-elles les mêmes partout dans le monde ?

    Rémi Bourgeot : Une mondialisation extrême s’est imposée, créant d’importantes courroies de transmission à travers les modèles industriels, mais avec, en parallèle, des politiques radicalement différentes d’un côté et de l’autre. Les pays d’Asie en développement rapide ont misé sur des politiques industrielles, la substitution aux importations et une autonomisation productive. L’Occident, lui, a connu une désindustrialisation rapide au cours des dernières décennies.

    L’Asie est pourtant lourdement touchée aujourd’hui sur le plan énergétique, même si la Chine notamment avait anticipé. Cette crise se répercute directement sur les travailleurs, sur les opportunités d’emploi et sur la pression des coûts qu’engendre la mondialisation des chaînes de production, laquelle est toutefois en recul, les pays cherchant désormais davantage d’autonomie et de résilience.

    Les travailleurs se retrouvent donc immédiatement plus fragilisés, le contexte géopolitique le montre clairement. Quelles conséquences concrètes observez-vous ?

    Les répercussions économiques sont immédiates et tangibles. La crise énergétique, par exemple, a provoqué des arrêts de chaînes de production. Les économistes évoquent des fractions de point de pourcentage amputés du PIB, mais c’est une véritable crise de l’économie réelle, de l’économie physique, des chaînes de production, qui est à l’œuvre. Pour beaucoup de pays dans le monde, c’est précisément cela qui porte leur développement économique et industriel.

    Et partout ou presque, les questions de développement industriel, de développement réel, de développement éducatif reviennent au centre du débat, car ce sont elles qui déterminent les perspectives de croissance à long terme et les opportunités offertes aux travailleurs.

    Un grand clivage s’est creusé entre les pays qui ont cru pouvoir miser indéfiniment sur les services, notamment les services financiers, pour assurer leur croissance, et ceux qui ont suivi une voie de développement plus traditionnelle, proche de ce qui s’est fait dans l’Europe d’après-guerre : développement industriel, développement éducatif, ce qui offre davantage d’opportunités aux travailleurs, même si les conditions de travail y sont parfois très difficiles.

    Mais un point d’inflexion a clairement été atteint : les pays développés n’ont plus de modèle de croissance viable.

    L’intelligence artificielle, que vous évoquiez en introduction, redistribue elle aussi les cartes, notamment à travers ses applications dans la robotique, qui affectera de plus en plus les travailleurs manuels, en plus des emplois de bureau. Et là encore, ce clivage est bien visible, avec un décrochage du modèle de développement dans une grande partie du monde occidental.

    Les États-Unis ont réussi à prendre le dessus sur le plan numérique, et aujourd’hui dans l’IA. Comment analysez-vous cette situation, surtout dans le contexte de la crise dans le détroit d’Ormuz, où les principaux investisseurs sont les pays du Golfe ?

    Le modèle de développement a véritablement décroché dans l’ensemble du monde occidental. Les États-Unis tiennent le haut du pavé sur le plan technologique, mais en pariant sur la possibilité de poursuivre indéfiniment dans une direction très dépendante des flux financiers et des capitaux étrangers, notamment du Golfe.

    Les annonces de Sam Altman et d’OpenAI ont été proprement extravagantes : des milliers de milliards prétendument levés dans le Golfe pour financer des infrastructures de data centers aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Et les montages financiers qui se mettent en place entre les acteurs du secteur ont tous les traits d’une bulle, avec des clients financés par leurs propres fournisseurs comme Nvidia et des investissements en apesanteur par rapport à la réalité économique et industrielle.

    Des innovations réelles existent pourtant, et des talents extraordinaires aussi, y compris sur le plan strictement technologique. Des chercheurs en IA comme Yann LeCun soutiennent que l’IA générative et les LLM se heurtent à une impasse du fait de leurs erreurs intrinsèques, ce que chacun peut constater au quotidien en les utilisant. D’autres technologies doivent être développées, et c’est déjà en cours, notamment pour les applications robotiques dans le monde réel.

    Mais dès qu’une innovation émerge, de véritables montagnes financières se construisent autour d’elle, sans véritable ancrage dans le développement économique, industriel ou humain.

    Il y a aussi la crainte des travailleurs, américains notamment, qui voient une crise économique se profiler. Les syndicats s’apprêtent manifestement à se mobiliser massivement. La Journée des travailleurs aux États-Unis est distincte de la Journée internationale du travail, mais une forte mobilisation est attendue aujourd’hui. Donald Trump n’a clairement pas répondu aux inquiétudes des travailleurs américains.

    Oui, c’est là tout le paradoxe. Les hésitations, les volte-face, le chaos qui entourent Donald Trump en disent long : il était censé renverser la table en faveur de la réindustrialisation dès son premier mandat. Des efforts ont bien été faits dans ce sens, mais ni la compétence personnelle ni les bonnes équipes n’étaient là pour mettre en œuvre une véritable politique industrielle, pas même sur le plan douanier, pour appliquer des droits là où c’était réellement nécessaire, là où une production nationale pouvait être substituée ou redéveloppée de façon réaliste, à des coûts acceptables.

    Il aura néanmoins mis cette question sur la table, une question récurrente dans l’histoire économique des États-Unis, comme dans celle de tout pays en quête de développement industriel.

    Revenus au pouvoir, les Démocrates ont largement poursuivi dans la même veine de réalisme industriel, de tentative de réindustrialisation, davantage par les subventions que par les droits de douane, mais dans une logique protectionniste qu’ils ont reprise et amplifiée.

    Et avec ce nouveau mandat de Donald Trump, le résultat est un monde féerique et catastrophique de mesures coup-de-poing aussitôt invalidées, sans aucune base stratégique, avec des négociations commerciales totalement chaotiques. Les négociateurs, sur les questions commerciales mais aussi géopolitiques, diplomatiques et même militaires, n’ont aucune compétence dans leurs domaines respectifs. Certains savent à peine situer les pays concernés sur une carte.

    Le chaos qui s’en est suivi révèle une crise de régime très profonde, une crise de la société américaine et de la société occidentale plus généralement, une incapacité à opérer une transition politique, un renouveau, ou simplement une réforme qui permettrait de réconcilier les intérêts du développement humain et industriel avec les réalités imposées par la mondialisation. Cela ne peut qu’aggraver l’inquiétude des travailleurs, qui perçoivent un fossé immense entre l’incertitude que génèrent des causes extérieures, conflits, tensions, risques climatiques, intelligence artificielle, et la capacité des gouvernements à y répondre, dans un monde d’interdépendances croissantes.

    C’est précisément ce qui est préoccupant, car au-delà des clivages politiques, des pays et des courants d’opinion, un diagnostic est largement partagé : la réindustrialisation est nécessaire. Et pourtant, rien ne suit. Les promesses s’accumulent et s’évaporent. Vous le disiez pour les États-Unis, mais l’Europe n’est pas en reste. Pire encore, elle a raté tous les grands virages technologiques depuis vingt ou trente ans. Les compétences d’ingénieur sont encore là, pour l’instant, mais elles s’amenuisent. L’envie d’innover s’est-elle éteinte avec elles ? N’anime-t-elle plus les étudiants qui rêvent de construire ensemble un monde meilleur ? Partagez-vous ce constat ?

    Ce qui me permet de garder un certain espoir, c’est que lorsqu’on parle à des jeunes, des étudiants en école d’ingénieur, dans d’autres filières, dans les humanités, on voit cette curiosité, cette vivacité intellectuelle. Malgré l’affaissement du système éducatif, une multitude d’outils en ligne existe en plus des filières académiques, autant de moyens d’accéder au savoir, avec leurs qualités et leurs défauts, qui permettent encore d’apprendre, de se remettre à niveau, de faire des découvertes illimitées. La curiosité est bien vivante.

    Le problème tient au système économique, politique et industriel tel qu’il est, qui étouffe cette créativité. L’entrepreneuriat en est l’illustration : créer une entreprise relève du parcours du combattant en Europe et en France particulièrement. Et au niveau des grandes entreprises comme des organismes d’État, la réindustrialisation est évoquée sans relâche, mais de façon toujours très abstraite.

    Avec le recul, quel bilan les deux mandats d’Emmanuel Macron ont-ils laissé pour les travailleurs en France ?

    Un véritable décrochage s’est produit. Un attachement à l’entrepreneuriat était au moins affiché, avec au moins au début quelques secrétaires d’Etat ancrés dans l’économie réelle, mais il était surtout rhétorique. Dans l’ensemble, une fuite en avant dans la désindustrialisation s’est poursuivie, enveloppée dans une rhétorique allant en sens inverse, celle du redressement du tissu industriel français. Les moyens n’ont tout simplement pas suivi : les ressources humaines, les décisions d’investissement au niveau national, la coordination européenne.

    Il y a aussi ce système de fixation des prix de l’énergie, extrêmement pénalisant pour l’économie française. La France devrait bénéficier d’un avantage concurrentiel grâce au nucléaire, mais cet avantage est largement neutralisé par le mécanisme de prix européen, un carcan dont le pays n’arrive pas à sortir.

    À cela s’ajoute une stratégie de fuite en avant qui remonte à l’entrée dans l’euro. La balance commerciale s’est dégradée et est dans le rouge depuis les débuts de la zone euro. Ce décrochage continu a été masqué par l’illusion de stabilité monétaire, mais avec l’envolée de la dette et la remontée des taux d’intérêt, cette situation ne pourra pas se prolonger indéfiniment.

    Ce qui fait vraiment défaut, c’est une compréhension technologique, industrielle, économique et humaine, y compris en termes de compétences, pour remettre sur pied un agenda de développement industriel. C’est exactement ce que font d’autres pays, sans qu’il faille les imiter à la lettre. La Chine en est l’exemple le plus frappant, avec un véritable boom du développement industriel et des compétences technologiques comparable au rattrapage spectaculaire du Japon sur tous les fronts technologiques il y a quarante ou cinquante ans.

    La France dispose de compétences extrêmement pointues, de pôles d’ingénieurs de rang mondial, d’expertises remarquables notamment en mathématiques, et rien de tout cela n’est vraiment mis à contribution.

    Rémi Bourgeot, merci beaucoup de nous avoir rejoints, c’était une conversation passionnante. Merci.

    Cette retranscription automatique a été éditée dans un but de clarté et de fluidité à l’écrit.

  • Ruptures industrielles et basculement géopolitique

    Ruptures industrielles et basculement géopolitique

    Clliquer sur l’image pour visionner la vidéo sur LinkedIn – Transcription en français plus bas sur cette page

    Sur France 24 en anglais, j’ai évoqué l’impact industriel profond de la guerre en Iran et le recentrage des négociations politiques :
    Les prévisions économiques ont tendance à sous-estimer les chocs dans le monde physique, se concentrant sur les variations de prix et supposant une substitution facile. Les principaux dommages économiques proviennent des pénuries de matières premières et des ruptures de chaînes d’approvisionnement : énergie, engrais, hélium pour la fabrication de puces…
    Sur le plan géopolitique, le grand pari deTrump sur l’enrichissement de l’uranium s’est enlisé. Avec un accord de paix toujours hors de portée, la levée des sanctions contre l’Iran n’est plus non plus à l’ordre du jour. Les discussions devraient désormais se concentrer sur le détroit d’Ormuz : le niveau de contrôle iranien, la levée du blocus américain et une certaine coordination internationale.

    Transcription en français :

    Bonjour Rémi, merci beaucoup d’être avec nous. Puis-je commencer par vous demander quels ont été les effets économiques immédiats de la guerre en Iran, au-delà de la crise énergétique, que tout le monde connaît bien ?

    La situation sur les marchés de l’énergie ne se résume pas à une simple hausse des prix du pétrole et du gaz. Elle perturbe profondément les chaînes d’approvisionnement dans le monde entier, sur des aspects critiques. Il s’agit des importations d’énergie pour de nombreux pays, en particulier en Asie, et dans une moindre mesure en Europe. Mais certaines industries sont touchées de manière très sévère par la flambée des prix et les pénuries.

    Au début, on avait peu conscience que des composants critiques comme l’hélium pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement, notamment dans la production de semi-conducteurs et de puces électroniques en général. Nous assistons donc à une crise mondiale déclenchée par ces pénuries et par la manière dont la production est perturbée.

    Il ne s’agit pas seulement de statistiques économiques ou de spéculations sur l’impact du PIB sur un horizon de trois mois. C’est une crise bien plus profonde, qui affecte réellement les chaînes d’approvisionnement. Cela dépasse largement le cadre du simple suivi et des prévisions économiques à court terme. C’est une véritable crise industrielle, aux répercussions multiples, y compris pour la production alimentaire, en raison des importations d’engrais pour de nombreux pays.

    Le Golfe est devenu un enjeu critique, bien au-delà de la seule question énergétique. L’énergie est évidemment centrale, mais nous observons toutes ces répercussions, qui affectent les pays et les industries du monde entier de manières très différentes. Pour certains pays et groupes sociaux, les effets sont dramatiques, pouvant même créer des situations de famine. On peut atteindre des niveaux d’extrême gravité.

    Vous avez mentionné l’hélium. Le Qatar exporte 40 % de l’offre mondiale, et celui-ci est utilisé dans la production de semi-conducteurs et, plus largement, dans le secteur technologique et d’autres industries. Quelles pourraient être les répercussions sociétales de ces pénuries pour le monde ?

    Cela rappelle en quelque sorte ce qui s’est passé pendant la pandémie de COVID. Les chaînes d’approvisionnement avaient été fortement perturbées, puis il y avait eu un boom de la demande, soutenu par des mesures fiscales. Aujourd’hui, cette crise s’infiltre profondément dans les chaînes d’approvisionnement. On observe des perturbations partout.

    Certains pays disposent de stocks, donc l’effet n’est pas immédiat. C’est un peu comme sur les marchés de l’énergie : certains pays, comme la Chine, qui est pourtant très dépendante du Golfe, sont moins touchés à court terme grâce à leur politique de stockage. Cela s’applique à de nombreux pays et industries. Mais avec le temps, après quelques semaines, et surtout après quelques mois, les effets concrets des pénuries commencent à se faire sentir.

    Cela signifie que la production est réellement affectée. Ce n’est pas seulement une question de hausse des prix. Il y a actuellement un vrai décalage dans la production. Cela se traduit directement par une baisse de la production. Ce n’est pas seulement une question de signaux prix ou de coûts plus élevés : cela dépasse le cadre du raisonnement économique habituel. C’est une crise qui touche le monde matériel, et pas seulement les modèles économiques.

    À quel point cette situation est-elle critique pour parvenir à une paix durable dans cette guerre ? Nous avons une prolongation, une prolongation indéfinie du cessez-le-feu, mais cela ne signifie pas que la guerre est terminée. Y a-t-il une grande différence entre une guerre qui se prolonge encore trois ou quatre semaines et une guerre qui dure au-delà ? Ou les dégâts sont-ils déjà suffisants pour être ressentis pendant des mois ?

    C’est effectivement une distinction cruciale. À mon avis, la perspective d’une paix durable ou d’un accord de paix reste très lointaine. Il y a eu beaucoup de confusion dans les négociations – ou disons plutôt dans les discussions – entre l’Iran et les États-Unis, avec une focalisation américaine sur la question nucléaire, allant jusqu’à attribuer aux Iraniens des déclarations totalement impensables de leur point de vue. Les négociations n’ont donc vraiment pas pris une bonne direction sur ce point.

    Finalement, cette prolongation du cessez-le-feu, et le fait qu’elle soit indéfinie, est ce qui compte vraiment pour soulager quelque peu la pression. Je pense que les discussions vont se concentrer sur le détroit d’Ormuz et sur la recherche d’un compromis, en reconnaissant le contrôle iranien sur le détroit, peut-être avec un modèle de péage.

    La Chine, par exemple, a fait pression sur l’Iran pour qu’elle adopte une approche modérée sur la question des droits de passage. Mais l’objectif principal pour l’instant est de trouver un compromis limité plutôt que de conclure un accord de paix. Les États-Unis n’ont même pas les bons négociateurs pour atteindre un tel objectif. Il y a eu beaucoup de confusion de la part des États-Unis avec l’imposition de ce contre-blocus des ports et des navires iraniens. Ils cherchent à obtenir un levier sur la question spécifique de la réouverture du détroit d’Ormuz pour trouver un terrain d’entente avec l’Iran.

    Mais l’idée d’intégrer tous les aspects possibles d’un accord, y compris l’énergie nucléaire et l’enrichissement de l’uranium, est vraiment très ambitieuse et semble très éloignée.

    Maintenant, le Royaume-Uni et la France mènent des discussions pour rouvrir le détroit d’Ormuz ou pour le maintenir ouvert une fois la guerre terminée. Nous avons souvent parlé de la réduction des risques concernant la Chine du point de vue des pays occidentaux, mais est-ce là un exemple de pays européens qui réduisent leurs risques face à l’imprévisibilité actuelle de Washington ?

    Je pense que, concernant la gestion du détroit d’Ormuz, ce n’est pas vraiment une stratégie dirigée vis-à-vis des États-Unis. Il faudra un type d’accord international, même si l’Iran conserve le contrôle du détroit et perçoit des droits de passage. C’est pourquoi les Iraniens ont été disposés à conclure des arrangements avec Oman pour donner une dimension internationale à la gestion du détroit.

    L’Europe peut clairement en faire partie. Il faut un accord, un arrangement pour rouvrir le détroit, permettre une circulation fluide, rassurer les assureurs et revenir à une forme de normalité commerciale. Ce ne sera pas comme avant – ce sera une nouvelle situation, clairement – mais elle doit être prévisible. C’est vraiment l’enjeu clé ici.

    C’est pourquoi les Européens jouent tous ce rôle, en montrant leur volonté de participer à un système de coopération internationale garantissant le passage – pas un passage totalement libre, mais pour créer une sorte de nouvelle normalité pour le transit à travers le détroit. C’est vraiment l’essentiel. Il ne s’agit pas seulement que l’Iran cesse de menacer les navires et que les États-Unis lèvent leur contre-blocus. Il faut un véritable accord international pour que les choses puissent reprendre de manière normale.

  • La réouverture du détroit d’Ormuz se fera sous contrôle iranien

    La réouverture du détroit d’Ormuz se fera sous contrôle iranien

    J’ai été interrogé sur France 24 par Marion Gaudin, au sujet de la crise énergétique et des conditions dans lesquelles le détroit d’Ormuz pourrait rouvrir, face à l’enlisement militaire.

    Rémi Bourgeot, vous suivez cette crise de très près. N’est-ce que le début ?

    Tout dépend évidemment de l’évolution militaire. Donald Trump a soufflé le chaud et le froid : les marchés s’excitent dans un sens comme dans l’autre.

    Ce qu’on voit, c’est quand même un bourbier militaire. Certains experts géopolitiques pensent que ça n’est que le début. On voit aussi des signes de panique de la part de l’État américain, de Donald Trump en particulier, qui est quelqu’un qui déteste faire la guerre. En fait, il aime les opérations théâtrales, de type Venezuela, comme on l’a vu il y a quelques semaines. Là, c’est un véritable bourbier.

    Donc il envoie des signaux comme quoi il voudrait arrêter, et en même temps taper le plus fort possible. Les Iraniens, de leur côté, dominent largement la situation, mais ils envoient aussi quelques signaux, avec ces échanges, notamment avec Oman, pour établir au moins une sorte de schéma qui pourrait s’appliquer pour une réouverture partielle.

    Mais ce vers quoi on s’achemine, c’est un contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz. Il peut rouvrir en partie, même très largement, mais probablement sous contrôle iranien, à partir du moment où les États-Unis ne sont pas capables de remplir les objectifs qu’ils s’étaient fixés — pour peu qu’il y en ait réellement.

    Ce contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, dans la durée implique un système, un régime économique différent, notamment de péage, dont on a déjà vu certains contours, appliqués en partie. Cela ne veut pas dire que ce sera exactement la configuration finale, mais les coûts vont être élevés et ce système de transit va être mis en place dans le sens des intérêts géopolitiques de l’Iran.

    On a vu, en sous-main, des signaux d’échanges entre l’Iran, certains émirats — surtout le Qatar — pour éviter des frappes. Mais la situation est extrêmement tendue, notamment avec les Émirats arabes unis, qui ont appelé les États-Unis à finir le travail, à aller dans l’escalade, en sous-entendant l’envoi de troupes au sol. On pourrait imaginer que l’Iran pénalise les Émirats arabes unis, moins d’autres Etats du Golfe.

    Et aussi, dans tous les cas, cette réouverture ne peut pas se faire par la force, seulement par des négociations ?

    Il n’y a aucune forme de négociation véritable. Il peut y avoir eu des échanges d’e-mails, ou des échanges très indirects, mais on peut avoir de très gros doutes sur la réalité des déclarations de Donald Trump en ce qui concerne des négociations.

    On ne peut pas pour autant écarter la notion de désescalade. Ce n’est pas ce qu’on voit ces jours-ci. Mais Trump est extrêmement mal à l’aise avec la situation et comprend qu’il doit se retirer. Sa situation politique est en effondrement. Il existe de gros doutes sur son état personnel, sur le système politique qui l’entoure. Il limoge des généraux autour de lui pour entendre les nouvelles qu’il veut, pour éviter les mauvaises nouvelles.

    On voit une véritable crise de régime qui se développe aux États-Unis, avec des racines beaucoup plus profondes. Il y a aussi tout un pan industriel dans l’incapacité à alimenter ce qui serait une guerre longue.

    Sur la question des troupes au sol, c’est peut-être le signal le plus révélateur : on n’a pas eu cette annonce. On n’a pas eu d’annonce d’arrêt de la guerre ni de retrait. Mais ce serait là l’entrée dans une guerre longue et pleine d’incertitudes encore plus graves que d’envoyer des troupes au sol, ce qui serait presque suicidaire de la part de Donald Trump.

    Aujourd’hui, on a une situation entre deux, avec une volonté de sortir de cette situation, mais Trump veut pouvoir annoncer une forme de victoire et éviter l’humiliation. Elle est là dans tous les cas.

    Pour en revenir aux conséquences très concrètes de ce blocage, pour l’instant politique et militaire, on a beaucoup parlé ces dernières semaines des initiatives prises par les pays pour rationner le carburant, baisser les taxes, offrir des primes. La France, elle, pour l’instant, se refuse à tout ça. Est-ce que c’est pertinent ?

    Quand il s’agit d’agir sur les prix, les taxes sont souvent des mesures de court terme. Cela peut avoir des effets positifs. Mais la véritable situation à laquelle on est confronté, c’est une forme de pénurie qui arrive aujourd’hui. Il s’agit d’aspects très concrets et matériels : les bateaux qui étaient censés arriver n’arrivent pas. Une pénurie se met en place, déjà très sévère en Asie.

    L’Europe, il faut le rappeler, est beaucoup moins dépendante du Golfe pour son approvisionnement énergétique que de nombreux pays asiatiques. Les différentes sources d’approvisionnement — Norvège, Maghreb, États-Unis pour le LNG, et en partie le Golfe — montrent que cette dépendance existe, mais reste limitée. Certains pays ont des stocks plus élevés. C’est le cas de la Chine, qui a aussi une plus grande autonomie, tout en restant largement dépendante du Golfe.

    La réalité est donc matérielle : une pénurie se met en place. Elle est moins marquée pour l’Europe, mais elle se fait sentir aujourd’hui. Cela intervient dans un contexte de crise économique, surtout industrielle, déjà aiguë avant le début de cette guerre. La question des prix énergétiques était déjà cruciale, avec les effets de la guerre en Ukraine : privation d’approvisionnement, tentative de réorientation pour remplacer la Russie, mais en créant d’autres dépendances, vis-à-vis des États-Unis ou de certains pays du Golfe.

    On a donc une forme d’ultra-mondialisation des réseaux énergétiques, aujourd’hui extrêmement vulnérable.

    À cette crise dont vous parlez s’ajoute l’inflation, la hausse des prix de manière générale, de l’alimentation qui est à venir. Les Français devraient s’y préparer ?

    Oui, cela a un fort effet inflationniste. On n’est pas dans la même situation qu’avec la guerre en Ukraine, qui arrivait après la pandémie et des politiques budgétaires très expansives. On n’est pas dans une envolée aussi forte, mais la hausse de l’inflation est marquée.

    Surtout, l’inflation est un indice composite : derrière, il s’agit de la vie quotidienne, de dépenses contraintes qui affectent certaines activités et certaines couches sociales plus que d’autres. C’est cela qui est particulièrement problématique, sur le plan social et en termes d’instabilité politique.

    Pour aller plus loin sur l’impact sur les marchés énergétiques : Normalisation partielle des marchés de l’énergie après une désescalade dans la guerre d’Iran.

    Cette retranscription a été éditée pour des raisons de fluidité.

  • Bourbier iranien : stratégies face aux coûts durables

    Bourbier iranien : stratégies face aux coûts durables

    Cliquez sur l’image pour accéder à l’émission

    Donald Trump cherche une porte de sortie au bourbier que constitue la guerre avec l’Iran. Tout en brandissant la menace d’une escalade majeure qui rendrait des pans entiers de la région inhabitables, il assure que des négociations sont en cours.

    Si de véritables négociations de paix sont désormais hors de portée, en raison d’un écart de positions impossible à combler, une désescalade reste accessible.

    Les pays dépendants des importations d’énergie en provenance du Golfe se préparent toutefois à des conséquences durables, même en cas d’arrêt du conflit. Les capacités de production sont désormais atteintes, et l’Iran est susceptible de maintenir un niveau élevé de contrôle sur le détroit.

    L’Europe est moins exposée que l’Asie à une crise d’approvisionnement, mais la flambée des prix de l’énergie aggrave sensiblement ses fragilités multiples, de l’appareil manufacturier à la gestion de la dette. La marginalisation de l’énergie nucléaire laisse le continent particulièrement vulnérable à cette succession de chocs géopolitiques, les gouvernements passant sans cesse d’une dépendance extérieure à une autre au gré des secousses.

    Je suis intervenu dans l’émission Counting the Cost d’Al Jazeera. Extraits de mes interventions disponible ici.

  • Du Groënland à l’Ukraine: Eclatement de l’Occident

    Du Groënland à l’Ukraine: Eclatement de l’Occident

    Cliquer pour accéder à l’enregistrement sur LinkedIn

    Rentranscription de mon interview avec France Info du 18 janvier 2026.

    France Info : Bonjour Rémi Bourgeot, merci d’être avec nous sur France Info. En 24 heures, est-ce qu’on est en train, selon vous, de franchir toutes les étapes qui mènent à une guerre commerciale, une guerre économique avec les États-Unis ?

    Oui, on y est en fait depuis déjà longtemps. Vous vous souvenez que l’année dernière, l’actualité avait été très marquée par les menaces de Donald Trump, avec une menace d’escalade des droits de douane, aboutissant finalement à un accord — entre guillemets — qui était plutôt une série d’injonctions acceptées par la Commission européenne, avec des droits de douane généraux à 15 %, et en plus l’acceptation par l’Europe de contraintes très fortes consistant à ne surtout pas aller trop réguler et embêter les géants de la tech californienne. Donc on part de là. C’était un peu calme ces derniers mois.

    Alors oui, la fin de l’accord était extrêmement défavorable à l’Union européenne, non seulement du fait de ses droits de douane, mais en plus des contraintes qui les accompagnaient et l’Europe avait simplement accepté les demandes américaines ?

    Oui, cet accord était extrêmement défavorable à l’Union européenne, non seulement à cause des droits de douane, mais aussi des contraintes qui les accompagnaient. L’Europe avait simplement accepté les demandes américaines. Il n’y avait pas vraiment eu de négociation de la part d’Ursula von der Leyen, qui avait ensuite été critiquée par divers pays européens. On pensait que les choses s’arrêtaient là, mais en réalité, on assiste à une dégradation beaucoup plus généralisée des relations entre l’Europe et les États-Unis, une véritable explosion du bloc occidental.

    Cela relève notamment de la question de l’Ukraine. On voit que les mesures commerciales se concentrent sur les pays de la coalition dite des volontaires. Donc c’est une escalade beaucoup plus large. Il semble que Trump veuille faire exploser l’OTAN actuellement. Il s’agit d’une bravade très poussée, qui ne se limite pas du tout aujourd’hui à la question commerciale, plutôt secondaire. On est dans une situation franchement loufoque avec cette question du Groenland. S’il y avait un intérêt stratégique véritable — ce qui est peut-être le cas pour les États-Unis —, ils pourraient obtenir les mêmes bénéfices par une coopération avec le Danemark, un pays extrêmement proche des États-Unis. Là, on voit des logiques plus globales chez Donald Trump. C’est un pourrissement beaucoup plus profond et durable.

    L’éclatement du camp occidental, c’est ce que souhaiterait Donald Trump. Comment pouvons-nous y répondre ? Notamment en activant ce mécanisme anti-coercition. Emmanuel Macron et son entourage font savoir qu’il va demander l’activation de cet instrument auprès de ses partenaires européens. Concrètement, Rémi Bourgeot, on dit que c’est un bazooka économique. Concrètement, ça ressemblerait à quoi si ce mécanisme entrait en action ?

    Déjà, on aurait dû, dès le début, au moment des négociations cet été, menacer et entrer dans cette logique de bras de fer avec Donald Trump pour ne pas être écrasé, en comprenant bien que ce n’étaient que les prémices. Aujourd’hui, on a une aggravation très grave, plus large, donc on ne pourra pas non plus se défendre simplement sur le plan commercial. Il faut répondre. Ensuite, ces mesures sont un cadre assez général. On parle de bazooka, mais il était plutôt pensé contre d’autres pays, notamment la Chine. Il faut une très large majorité en Europe pour les mettre en place, donc ce n’est pas gagné. Mais c’est la moindre des choses d’envisager une riposte. La contre-riposte de Trump sera l’escalade, avec la menace d’un écrasement économique des Européens, car sa logique est celle de l’humiliation. Il n’a aucun respect pour les dirigeants européens, et il y a des désaccords profonds sur des dossiers géopolitiques brûlants comme l’Ukraine.

    Rémi Bourgeot, vous nous parlez d’un scénario catastrophe. Comment l’Europe peut-elle résister à une telle escalade ?

    Le scénario catastrophe, c’est celui de la guerre, impensable entre l’Europe et les États-Unis. Maintenant, ce qui va se passer, c’est l’escalade. Cette escalade actuelle, avec ces menaces de droits de douane supplémentaires de 10 % pour les pays concernés, est déclenchée parce que les Européens ont envoyé quelques soldats — presque à l’unité — au Groenland. A priori, c’est presque rien, mais Trump ne tolère aucune opposition, même face à des demandes aussi extraordinaires et loufoques que celle d’obtenir le Groenland. La relation est dans une dynamique d’éclatement. On va voir toutes sortes de surenchères. Trump, quand on lui répond fermement, a tendance à reculer. La Chine, par exemple, avait menacé d’une escalade supplémentaire et dégainé son bazooka — la limitation de l’exportation des terres rares —, ce qui posait d’énormes problèmes industriels aux États-Unis. L’Inde, menacée de sanctions secondaires pour limiter ses échanges avec la Russie, avait aussi réagi fortement. Trump est donc sensible au bras de fer.

    Il faut voir ce contexte de pourrissement avec les Européens sur la question de l’Ukraine, qui est centrale dans cette escalade.

    Merci beaucoup, Rémi Bourgeot, pour votre regard d’économiste, chercheur associé à l’IRIS, sur cette guerre commerciale qui existe en réalité depuis le retour de Trump, mais qui se concrétise peut-être un peu plus ces 24 dernières heures, avec ces surtaxes annoncées par le président américain et l’Europe qui annonce vouloir riposter.


  • Crise agricole et Mercosur

    Crise agricole et Mercosur

    Fossé entre ceux qui défendent production, résilience et une bureaucratie figée dans les limbes des années 1990.

    L’UE fonce dans le traité avec le Mercosur, tout en préparant une protection face aux produits chinois ne s’écoulant plus sur le marché américain. Sur France Info TV

  • La faille commerciale de l’UE

    La faille commerciale de l’UE

    J’ai participé à l’émission Inside Story d’Al Jazeera avec Andy Mok and Ben Aris. Les économies européennes en décrochage doivent rééquilibrer leurs échanges commerciaux avec la Chine et rompre avec leur déclin technologique endogène.

  • Compétitivité ou soumission ? Le dilemme européen

    Compétitivité ou soumission ? Le dilemme européen

    Sur ordre de Donald Trump, en échange de droits de douane unilatéraux de « seulement 15% », l’UE révise d’un coup ses réglementations numériques pour offrir encore davantage le marché à la Big Tech américaine.
    Mais c’est une politique de compétitivité…
    Pendant ce temps, la Chine réoriente ses exportations vers l’Europe.
    Et l’industrie chancelle sous le coup de prix énergétiques intenables.

    Sur France 24 le 19 novembre 2025.

  • Terres rares: l’arme nucléaire de Pékin

    Terres rares: l’arme nucléaire de Pékin

    Donald Trump a déclaré, après un sommet en Corée du Sud avec son homologue chinois Xi Jinping, avoir convenu de réduire les droits de douane sur les produits chinois à 47 %, en échange de garanties de Pékin concernant l’approvisionnement en terres rares et l’achat de soja américain.

    France 24, 30 octobre 2025